José Mujica, ancien président de l’Uruguay et icône de gauche, est mort à 89 ans
José Mujica, ancien président de l’Uruguay et icône de gauche, est mort à 89 ans

MONTEVIDEO – L’Uruguay pleure l’un de ses plus illustres fils. José « Pepe » Mujica, ancien guérillero devenu président et symbole mondial de l’austérité en politique, est décédé à l’âge de 89 ans, a annoncé le président uruguayen Yamandú Orsi lundi soir. Avec lui s’éteint une figure singulière de la gauche latino-américaine, reconnue bien au-delà des frontières de son pays.

Dirigeant de l’Uruguay de 2010 à 2015, Mujica a profondément marqué l’histoire récente de ce petit pays d’Amérique du Sud par ses réformes progressistes — mariage homosexuel, dépénalisation de l’avortement et légalisation pionnière de la vente de cannabis sous contrôle de l’État — mais aussi par son style personnel, frugal et sans artifices. Refusant les privilèges liés à sa fonction, il vivait dans une modeste maison de la banlieue de Montevideo et circulait dans une vieille Volkswagen Coccinelle devenue célèbre.

L’ancien président est resté jusqu’au bout fidèle à ses valeurs. Dans une interview donnée à Reuters en mai 2024, un an avant sa mort, il évoquait son attachement à une vie simple, son goût pour les balades en tracteur « parce qu’on a le temps d’y réfléchir », et ses espoirs pour la jeunesse. « La vie est belle, mais elle s’épuise et on tombe. L’important, c’est de recommencer, et de transformer la colère en espoir. »

Né en 1935 dans une famille modeste, Mujica s’engage très jeune en politique. Il rejoint à la fin des années 1960 le mouvement de guérilla marxiste Tupamaros, dont il devient l’un des chefs. Capturé, il passera près de 15 ans en prison sous la dictature militaire, dont de longues périodes en isolement extrême. « Mon plus grand vice, c’est que je me parle à moi-même », confiait-il en référence à ces années d’isolement.

Libéré à la restauration de la démocratie en 1985, il reprend la voie politique, cette fois par les urnes. Il fonde le Mouvement de Participation Populaire (MPP), qui s’intègre à la coalition de gauche du Front large. Ministre de l’Agriculture sous Tabaré Vázquez, il est élu président en 2009 à l’âge de 74 ans, remportant 52 % des suffrages.

Durant son mandat, Mujica séduit autant qu’il détonne. Il ne s’embarrasse ni du protocole ni des conventions, préférant recevoir ses interlocuteurs chez lui autour d’un barbecue plutôt qu’au palais présidentiel. Si son franc-parler lui vaut parfois des critiques, son intégrité et son humilité lui attirent un profond respect, même de ses adversaires.

Sa politique audacieuse sur les libertés individuelles fait date. Il justifie la légalisation du cannabis comme un moyen de lutter contre le narcotrafic, et défend la décriminalisation sous contrôle de l’État. « Je ne défends pas la consommation de drogue, mais je ne peux pas défendre non plus l’interdiction, car elle génère des problèmes plus graves encore. »

Jusqu’à ses derniers jours, Mujica est resté une voix écoutée dans toute l’Amérique latine. Il assistait régulièrement aux investitures présidentielles et soutenait publiquement ses alliés. Avec son épouse Lucia Topolansky, ancienne sénatrice et militante de la première heure, il continuait à cultiver des légumes sur sa petite propriété, bien après avoir cessé la culture de fleurs.

Les hommages affluent. « Il a défendu la démocratie comme peu d’autres », a salué le président brésilien Lula da Silva. « La grandeur de Mujica a transcendé son mandat. »

Pepe Mujica laisse derrière lui un héritage rare : celui d’un homme d’État qui aura prouvé, par l’exemple, que la politique pouvait être faite avec honnêteté, cohérence et humanité.

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