À 29 ans, Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), cultive une image de gendre idéal tout en se positionnant de plus en plus comme un successeur crédible à Marine Le Pen pour l’élection présidentielle de 2027. Invité dimanche soir de l’émission grand public « Une ambition intime », il a livré un portrait personnel et apolitique, révélant ses rêves d’enfance de devenir Superman ou James Bond, son goût pour les entraînements à la salle de sport et son aspiration à « épouser une grande brune à forte personnalité ». Une opération séduction qui tranche avec la radicalité souvent associée au RN.
Cette apparition médiatique, regardée par plus d’un million de téléspectateurs, intervient dans un contexte délicat pour Marine Le Pen. Condamnée en mars à une peine d’inéligibilité de cinq ans pour des irrégularités dans le financement de son parti, l’ancienne candidate à trois élections présidentielles est fragilisée, malgré un recours en appel. Officiellement, elle reste la candidate du RN pour 2027. Mais Bardella, qui a dirigé avec succès la campagne des législatives de 2024, s’est dit prêt à prendre le relais si Le Pen ne pouvait pas concourir, alimentant les spéculations sur une rivalité interne.
Selon le politologue Stéphane Rozes, cette situation a renforcé l’aile libérale du RN, favorable aux orientations économiques plus pro-entreprises de Bardella, en opposition aux positions sociales et étatiques traditionnellement portées par Le Pen. Les derniers sondages montrent les deux figures au coude à coude pour un éventuel premier tour, signe que la base électorale du RN pourrait accepter une transition.
Les frictions sont de plus en plus visibles. En déplacement en Nouvelle-Calédonie, Marine Le Pen a récemment raillé la méconnaissance supposée de Bardella des problématiques ultramarines. Ce dernier, piqué au vif, a assuré « très bien comprendre les problèmes d’outre-mer », en réponse publique. Malgré ces échanges tendus, les responsables du RN s’emploient à démentir toute rupture. « Ils se soutiennent mutuellement », insiste Laurent Jacobelli, porte-parole du parti.
En coulisses, d’autres voix reconnaissent que l’hypothèse Bardella devient de plus en plus crédible. L’ancien jeune premier, qui multiplie désormais les déplacements à l’étranger – États-Unis, Israël, Abou Dhabi – pour étoffer sa stature internationale, gagne en épaisseur. « Les deux peuvent gagner », confie un cadre du parti sous couvert d’anonymat, en référence à une éventuelle course à l’investiture.
S’il reste discret sur ses intentions présidentielles dans l’émission tournée avant la condamnation de Le Pen, Bardella n’en cache pas moins son ambition. « J’aime vraiment gagner », dit-il face caméra. Une phrase lourde de sens pour un homme qui, de plus en plus, s’installe comme l’héritier naturel d’un parti en pleine transformation.