C’est une première dans la capitale. Un trafiquant de drogue a été interdit de séjour dans cinq quartiers du 15e arrondissement de Paris par un arrêté du préfet de police, une mesure rendue possible par la récente loi contre le narcotrafic. En parallèle, ce jeune homme d’une vingtaine d’années a été expulsé de son logement social et condamné à douze mois de prison.
Un trafic lucratif et bien implanté
D’après le maire du 15e, Philippe Goujon, ce trafiquant opérait comme un « petit chef » qui assurait des livraisons à domicile, principalement de cannabis et de cocaïne. Avec deux complices, il alimentait à la fois l’arrondissement et les communes de la banlieue ouest. Les autorités estiment que ce réseau générait près de 1 000 euros de chiffre d’affaires par jour. Interpellé et condamné à un an de prison, le trafiquant a ensuite été visé par deux décisions administratives inédites : l’expulsion de son logement HLM et une interdiction de paraître dans plusieurs zones de son quartier. Cet arrêté, d’une durée initiale d’un mois, pourra être prolongé si nécessaire.
Une nouvelle arme administrative qui interroge
Jusqu’à présent, seules les autorités judiciaires pouvaient interdire à un condamné d’accéder à certains lieux. Mais depuis l’entrée en vigueur, il y a un mois, de la loi portée par Gérald Darmanin et Bruno Retailleau, les préfets ont désormais le pouvoir de prononcer directement ce type de mesures. L’objectif affiché : « assécher les réseaux de distribution en désorganisant leur implantation locale ». Le syndicat de la magistrature appelle cependant à la prudence. Il pointe des critères d’application encore flous et craint une généralisation de ces interdictions hors du cadre judiciaire, ce qui pourrait fragiliser les garanties individuelles. Ce nouvel outil, présenté comme un levier pour accélérer la lutte contre le narcotrafic, fait donc déjà l’objet d’un débat sur les libertés publiques.