Dans un troisième rapport publié ce 3 septembre, la Cour des comptes dresse un bilan très favorable de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris, près de neuf mois après sa réouverture. Budget tenu, calendrier respecté, gouvernance efficace… Le chantier post-incendie est salué comme un modèle. Mais les magistrats financiers alertent aussi sur un point sensible : les risques sanitaires liés à l’emploi du plomb.
Un chantier exemplaire sur le plan financier et organisationnel
Six ans après l’incendie qui a ravagé Notre-Dame le 15 avril 2019, la Cour des comptes confirme que la promesse présidentielle d’une reconstruction rapide a été tenue. La phase principale de restauration s’est achevée dans les délais, permettant la réouverture de la cathédrale le 8 décembre 2024, sans aucun dépassement budgétaire. D’après le rapport, le coût de cette phase atteint 552 millions d’euros, financés essentiellement par la générosité des donateurs.
Au total, ce sont 843 millions d’euros qui ont été récoltés dans le cadre de la souscription nationale, selon les données arrêtées au 31 mars 2024. Sur cette somme, un peu plus de 700 millions ont été utilisés pour les deux premières phases de travaux, laissant environ 140 millions d’euros disponibles pour la troisième phase, celle de la restauration des extérieurs, qui devrait se poursuivre jusqu’en 2028.
Les magistrats soulignent notamment l’efficacité de l’établissement public Rebâtir Notre-Dame de Paris, créé dans la foulée de la catastrophe. Ils saluent le rôle de ses deux dirigeants successifs : le général Jean-Louis Georgelin, décédé en 2023, puis son successeur Philippe Jost. Cette structure temporaire, dotée d’une mission claire et d’une gouvernance efficace, est citée en exemple pour les futurs grands chantiers patrimoniaux.
La transparence sur l’usage des fonds est également saluée, de même que l’implication du comité d’audit et la vigilance des fondations. La Cour des comptes invite désormais à relancer le projet de musée de l’œuvre à l’Hôtel-Dieu, annoncé par Emmanuel Macron mais toujours en attente d’un arbitrage.
Risques sanitaires : la question du plomb toujours non résolue
Si le rapport est globalement élogieux, il contient aussi plusieurs mises en garde. La première concerne le coût de fonctionnement de la cathédrale depuis sa réouverture : ces dépenses ont doublé, atteignant 5,2 millions d’euros par an. Ce surcoût s’explique notamment par le renforcement des mesures de sûreté et d’incendie, en lien avec l’affluence de visiteurs. Le diocèse de Paris en assume une part importante (3,2 millions), complétée par 2 millions d’euros à la charge de l’État.
Mais le point de vigilance majeur reste l’usage massif du plomb dans la restauration. Plus de 100 tonnes ont été utilisées pour la couverture du toit, soit 2 000 plaques. Un matériau historiquement fidèle à l’original, mais qui continue de poser problème du point de vue sanitaire. Selon la Cour des comptes, 21 kilos de plomb pourraient encore être rejetés chaque année dans l’environnement, malgré les dispositifs de filtration prévus.
Le rapport regrette l’absence persistante de réglementation nationale sur l’emploi du plomb dans les monuments historiques, alors même que la Commission européenne autorise son utilisation pour les restaurations. Les magistrats appellent à une réponse plus claire des autorités françaises, notamment en fonction de la nature et de l’usage des bâtiments concernés.
Enfin, la Cour invite également à formaliser une doctrine sur la conservation des vestiges archéologiques mis au jour lors des travaux, pour mieux en maîtriser les implications financières.