C’est une nouvelle addiction qui gangrène les rues et inquiète les autorités locales. À Loos, dans le Nord, des centaines de bonbonnes usagées de protoxyde d’azote – surnommé « gaz hilarant » – jonchent trottoirs, parkings et poubelles. Consommé massivement par les jeunes, notamment lors de rassemblements nocturnes, ce gaz utilisé à l’origine pour la chantilly est détourné de façon festive… mais à haut risque. Depuis le début de l’année, une seule association de nettoyage urbain a collecté près de quatre tonnes de bonbonnes. Un chiffre vertigineux qui révèle l’ampleur du phénomène. Selon sa directrice, les petites cartouches ont cédé la place à de grosses bonbonnes, permettant des doses bien plus fortes. En face d’un parc, un agriculteur ramasse régulièrement les résidus, constatant l’impuissance des autorités : « On en parle, mais rien ne bouge », résume-t-il.
Des arrêtés municipaux insuffisants, un appel à l’État
À Loos, la mairie a déjà signé une demi-douzaine d’arrêtés visant à encadrer la vente de protoxyde, en interdisant notamment sa commercialisation aux mineurs. Une mesure qui semble porter ses fruits, mais en partie seulement. Car si les bonbonnes se font un peu plus rares, leur contenance, elle, explose. La maire Anne Voituriez salue une meilleure prise de conscience chez les commerçants locaux, mais souligne que la réponse ne peut être uniquement municipale. Fin juin, la métropole de Lille a officiellement sollicité l’État pour qu’il prenne des mesures plus larges, au niveau national voire européen. Objectif : enrayer l’accessibilité de ce gaz dont les effets euphoriques masquent mal la dépendance rapide qu’il génère. Drogue légale, en vente libre dans les commerces de bouche, le protoxyde d’azote se faufile entre les mailles de la réglementation. Mais sur le terrain, ce sont les communes qui en ramassent les conséquences.