Évasion à Villepinte, six ans confirmés: l’ombre de « Ganito » plane sur la justice
Évasion à Villepinte, six ans confirmés: l’ombre de « Ganito » plane sur la justice

Villepinte, samedi, un scénario de polar. Un détenu sort, encadré par de prétendus policiers, et disparaît dans la nature. Ilyas Kherbouch, 20 ans, surnommé « Ganito », reste introuvable depuis cette extraction qui a tourné à l’évasion, laissant derrière lui une administration pénitentiaire humiliée et des enquêteurs lancés dans une course contre la montre.

Jeudi 12 mars, la cour d’appel de Paris a tranché sans trembler: six ans de prison ferme, peine confirmée. Et comme le principal intéressé n’a pas daigné être au rendez-vous, la juridiction a demandé la délivrance d’un mandat d’arrêt. Message clair, presque sec: la cavale ne met pas la justice en pause, elle l’accélère.

Au cœur du dossier jugé en appel, un home-jacking commis le 7 février 2024 à Paris. Kherbouch a été reconnu coupable de complicité de tentative de vol aggravée par trois circonstances. En revanche, les magistrats l’ont relaxé « au bénéfice du doute » pour des infractions connexes examinées à l’audience, signe que le dossier se construit à la lame, en coupant ce qui ne tient pas.

Le coup des faux policiers, et la réponse sèche des juges

Sur le volet de l’évasion, l’enquête avance, mais pas au pas de course qu’on aimerait quand un détenu s’évapore. Deux personnes ont été mises en examen mercredi soir, et les investigations continuent pour remonter toute la chaîne, des exécutants aux organisateurs. Car une extraction maquillée, ce n’est pas une improvisation: c’est une mécanique, avec ses complicités, ses repérages, sa logistique, et cette audace glaçante qui fait vaciller l’idée même de contrôle.

Pour les victimes du home-jacking, la cour a aussi parlé argent, donc réparation. Les parties civiles obtiennent 529 euros pour le préjudice matériel et, pour le préjudice moral, 6 000 euros et 4 000 euros pour deux victimes, sommes à régler solidairement avec quatre autres mis en cause. Leur avocate, Amandine Sbidian, a rapporté que ses clients se disaient satisfaits de la reconnaissance de leur statut de victimes, une phrase simple, mais lourde: au-delà des montants, ils voulaient qu’on les croie.

Derrière la décision, un autre malaise affleure. La présidente de la cour a regretté l’évasion en rappelant le lourd casier du prévenu, incarcéré depuis l’adolescence, comme un fil sombre qui traverse déjà trop tôt une vie entière. Et pendant que le mandat d’arrêt s’imprime, l’État se retrouve face à une double urgence: retrouver « Ganito » et comprendre comment, en plein XXIe siècle, une prison peut se faire berner comme dans un mauvais film, avec une perspective très concrète pour les semaines à venir: serrer la vis sur les extractions et les contrôles, sans transformer la justice en forteresse aveugle.

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