Le drame de Châteaubriant, où un bébé de huit mois est mort vendredi dernier, prend une dimension plus grave encore. Selon le parquet de Nantes et le département de Loire-Atlantique, la famille du nourrisson faisait déjà l’objet de signalements pour une situation jugée préoccupante depuis plusieurs mois. Malgré l’intervention des services sociaux et de la justice, la tragédie n’a pas pu être évitée.
Des alertes dès le mois de juin
La mère, âgée de 25 ans, s’était présentée vendredi aux urgences de l’hôpital de Châteaubriant, tenant dans ses bras son bébé sans vie. L’enfant portait de nombreuses lésions et ecchymoses. Rapidement, les enquêteurs ont découvert un logement en état d’insalubrité avancé, avec plusieurs animaux faméliques. Les quatre autres enfants du foyer, âgés de huit mois à six ans, présentaient eux aussi un état sanitaire préoccupant et ont été placés en urgence. D’après le département, la famille faisait l’objet d’un suivi depuis plusieurs mois. « La situation avait donné lieu à des informations préoccupantes », a précisé la collectivité, évoquant des refus répétés de rendez-vous, des absences aux visites à domicile et un comportement d’évitement constant des parents. Face à ces blocages, le département affirme avoir saisi la justice pour demander un placement des enfants. Le parquet nuance toutefois cette version. Selon le procureur de la République de Nantes, Antoine Leroy, deux signalements avaient bien été reçus en juin : l’un visant les deux aînés, l’autre les trois plus jeunes. Ces signalements n’avaient pas donné lieu à une procédure d’urgence, mais à des mesures d’aide et d’investigation éducatives. Le juge des enfants avait été saisi et, le 18 septembre, avait décidé de mettre en place un suivi obligatoire, autorisant les travailleurs sociaux à accéder au domicile.
Une enquête pour crime de délaissement
Le couple, la mère de 25 ans et son compagnon de 19 ans, a été mis en examen dimanche pour « crime de délaissement ayant entraîné la mort ». Tous deux ont été placés en détention provisoire. L’autopsie du nourrisson a révélé une « dégradation physiologique majeure » et de multiples traces de coups. Le procureur affirme que ni les services de l’aide sociale à l’enfance ni la justice n’ont failli dans leur mission : « Les procédures ont été suivies, mais la famille a multiplié les entraves et les refus de coopération. » Cette affaire, survenue dans une commune tranquille de Loire-Atlantique, met une nouvelle fois en lumière la complexité du suivi des situations familiales à risque et les limites d’un système social souvent débordé. Derrière les chiffres et les procédures, cinq enfants se retrouvent aujourd’hui brisés par un drame que rien n’aura permis d’empêcher.