Côtes d’Armor : des élevages de porcs pointés du doigt pour insalubrité
Côtes d’Armor : des élevages de porcs pointés du doigt pour insalubrité

Les images circulant depuis quelques heures montrent une réalité très loin des portraits bucoliques imprimés sur les emballages de la Filière Qualité Carrefour. Dans deux exploitations porcines situées à Plénée-Jugon et à Eréac, dans les Côtes d’Armor, des cafards grouillent au pied des mangeoires, grimpent le long des murs, envahissent les abreuvoirs et circulent librement sur le sol des bâtiments. Ces rushs ont été tournés entre septembre et novembre par des militants qui affirment avoir observé une prolifération d’insectes incompatible avec des conditions sanitaires acceptables. Les deux exploitations appartiennent au même éleveur, figure centrale de l’industrie porcine bretonne et président de la principale coopérative du secteur. Les 7 000 porcs de l’un et les 1 200 de l’autre alimentent notamment des filières de grande distribution qui mettent en avant une image de production rigoureuse et tracée. Selon ces images, une partie des porcelets apparaît affaiblie ou blessée. Beaucoup portent des queues sectionnées, signe d’une caudectomie réalisée pour limiter les morsures dans des bâtiments à très forte densité. Cette pratique, en principe interdite en routine, ne peut être autorisée qu’à la condition de proposer des matériaux d’occupation et de garantir un environnement adapté, ce que les associations jugent absent dans ces élevages entièrement fermés. Les animaux vivent sur caillebotis sans accès extérieur, un mode d’élevage très répandu en France, mais qui exige une maîtrise sanitaire stricte.

Un contrôle préfectoral qui ne relève aucune infraction

Alertée par la diffusion de la vidéo, la préfecture a dépêché des agents vétérinaires dans les deux sites. Leur rapport indique que les conditions observées sur place ne justifient aucune non-conformité réglementaire. La présence de nuisibles est considérée comme un problème fréquent dans les bâtiments d’élevage intensif, tant que des mesures de gestion sont engagées. L’administration estime que les éléments visibles dans le reportage ne suffisent pas à démontrer un manquement tel qu’il entraînerait une sanction administrative. Cette conclusion tranche nettement avec les observations filmées, où les insectes apparaissent en nombre dans les zones dédiées à l’alimentation. Les militants contestent cette position, affirmant que des porcelets faibles sont parfois éliminés par percussion contre le sol, une pratique appelée « claquage » que l’association qualifie de méthode brutale. Ces séquences, filmées dans la pénombre des bâtiments, alimentent une plainte déposée pour mauvais traitements aggravés et demandent que des vérifications poussées soient menées dans l’ensemble des élevages liés à la coopérative.

Carrefour fait montre de précaution

De son côté, Carrefour a annoncé suspendre dès à présent ses approvisionnements auprès de l’un des deux élevages en attendant les conclusions d’un audit interne. L’enseigne rappelle qu’elle applique une politique de tolérance zéro en matière de bien-être animal dans ses filières engagées, et qu’un retrait temporaire est automatique dès que des doutes crédibles émergent. Cette décision marque une prise de distance nette avec un producteur pourtant mis en avant publiquement comme modèle de qualité. Dans le secteur porcin, les images relancent une fois encore la question du contrôle réel des bâtiments fermés, qui concentrent 95 pour cent de la production française. Les organisations de défense animale s’appuient sur ce dossier pour dénoncer un système où la densité des animaux et la configuration des locaux favoriseraient à la fois l’apparition de nuisibles et la détresse des bêtes. Les éleveurs, eux, défendent des installations conformes aux normes et affirment que la présence d’insectes peut être accrue à certaines périodes sans que la santé des animaux soit menacée. La plainte déposée devrait conduire à une enquête plus large, susceptible de déterminer si les pratiques observées constituent des manquements isolés ou révèlent un fonctionnement plus structurel dans la filière. Les associations demandent désormais une inspection nationale des élevages liés à la coopérative, tandis que les services de l’État assurent que les contrôles continueront selon les protocoles habituels.

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