Sanctions américaines : l'argent russe en déroute secoue le Liechtenstein
Sanctions américaines : l'argent russe en déroute secoue le Liechtenstein

Le Liechtenstein, l’un des plus petits mais aussi des plus riches pays d’Europe, fait face à une crise sans précédent après les sanctions américaines visant des fortunes russes cachées dans des fiducies locales. Depuis que les États-Unis ont pris pour cible plusieurs structures financières liées à des oligarques proches du Kremlin, des centaines de directeurs ont quitté précipitamment la gestion de ces trusts, paralysant une part importante de la richesse russe logée dans la principauté.

Derrière ces départs en cascade, une pression directe de Washington sur les gestionnaires, redoutant d’être sanctionnés à leur tour. En ligne de mire : des entités associées à Vladimir Potanine et Gennady Timchenko, proches du président russe Vladimir Poutine. Cette onde de choc frappe de plein fouet le secteur fiduciaire du Liechtenstein, pilier de son économie, et soulève des interrogations sur les liens persistants entre la finance européenne et les capitaux russes, malgré trois années de guerre en Ukraine.

Le gouvernement liechtensteinois a reconnu que 475 fiducies étaient affectées, dont une large part autrefois gérées pour le compte de clients russes. Le ministère de la Justice s’efforce de désigner de nouveaux administrateurs pour 350 d’entre elles, tandis que 40 sont en cours de liquidation et que 85 restent sans solution, faute de volontaires pour les reprendre. Ces blocages ont pour conséquence directe de figer des actifs colossaux – yachts, biens immobiliers, investissements – inaccessibles à leurs bénéficiaires.

Cette situation intervient alors que Donald Trump, de retour à la Maison-Blanche, laisse planer l’ambiguïté sur sa volonté de maintenir ou d’alléger les sanctions contre Moscou. Malgré cela, Washington continue d’exercer une pression étroite, notamment via la menace de couper l’accès au dollar aux banques récalcitrantes, un levier redouté dans les cercles financiers internationaux.

Pour le Liechtenstein, cette affaire rappelle la crise de 2008, lorsqu’un scandale d’évasion fiscale avait entaché la réputation de la LGT Bank, détenue par la famille princière. Bien qu’il se soit depuis engagé dans des réformes et une coopération accrue avec les institutions internationales, le pays reste fragilisé par son héritage de place forte du secret bancaire.

Le gouvernement envisage aujourd’hui de centraliser la gestion des fiducies abandonnées et de renforcer le contrôle réglementaire sur le secteur. Avec environ 20 000 fiducies encore actives, pour seulement 40 000 habitants, le Liechtenstein est désormais contraint de redéfinir sa position dans la lutte contre l’évasion financière, tout en préservant un modèle économique fortement dépendant de ces structures.

Partager