Clermont-Ferrand : des centaines de sépultures médiévales mises au jour sous un ancien parking
Clermont-Ferrand : des centaines de sépultures médiévales mises au jour sous un ancien parking

Sous un banal parvis du quartier des Carmes, à quelques pas du siège de Michelin, les pelleteuses ont suspendu leur ballet. Ce chantier de réhabilitation urbaine vient de révéler l’un des plus importants ensembles funéraires médiévaux jamais découverts à Clermont-Ferrand. Plusieurs centaines de squelettes, étagés parfois sur cinq niveaux, ont été exhumés sur une surface restreinte, à peine plus grande qu’un terrain de tennis. Une surprise archéologique de taille, tant par son ampleur que par ce qu’elle dit de la ville. Longtemps perçue comme une zone périphérique de l’antique Augustonemetum, cette portion du centre-ville semble avoir été, au contraire, un secteur densément urbanisé. Voiries aménagées, portiques, bâtiments en pierre : les fouilles menées par la société Archéodunum bousculent les cartes et repoussent les limites connues de la ville gallo-romaine. Mais c’est surtout la nécropole qui fascine. Selon l’archéologue Jérôme Besson, responsable du chantier, les dépouilles remontent pour l’essentiel au Moyen Âge central (Xe-XIIe siècle), période pendant laquelle les fidèles cherchaient à être inhumés au plus près d’un lieu sacré.

Un cimetière oublié aux portes d’un couvent disparu

Les archéologues pensent avoir retrouvé les traces d’une abbaye fondée au VIIe siècle, connue des textes mais jamais localisée jusqu’ici. Le cimetière, à dominante laïque, aurait pris place autour d’un couvent de moniales, constituant un noyau villageois dès le haut Moyen Âge. Les indices architecturaux — bases de murs, alignements — laissent espérer une reconstitution partielle du site religieux. Les sépultures, anonymes, sans objets funéraires, frappent par leur austérité. Pas de bijoux, pas de crucifix, pas même une fibule. « C’est un geste fort d’humilité. Une forme d’égalisation dans la mort », commente l’équipe sur place. Certains passants, intrigués, se sont arrêtés pour observer le travail des archéologues. D’autres, moins sensibles à la mémoire enfouie, ont demandé pourquoi ces morts étaient dérangés. La réponse tient en un mot : comprendre. Comprendre comment la ville s’est construite, comment les vivants d’hier ont pensé leur rapport à l’espace, à la foi, à la mort. Tous les ossements exhumés — adultes, enfants, nourrissons — seront analysés pendant deux ans, avant d’être conservés par les services de l’État. En attendant, le site a été rebouché. La circulation a repris. Mais sous l’asphalte, la terre garde désormais les traces silencieuses d’un monde oublié.

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