BERLIN — Huit décennies après l’assaut final de l’Armée rouge sur Berlin en mai 1945, les marques du combat qui a mis fin à la domination nazie restent visibles dans la capitale allemande. Malgré la reconstruction, les façades criblées de balles et les interstices comblés par des bâtiments modernes rappellent encore l’ampleur de la destruction causée par l’ultime bataille de la Seconde Guerre mondiale.
Lorsque les troupes soviétiques encerclèrent Berlin à la fin d’avril 1945, la ville était déjà largement ravagée par les bombardements alliés. Mais les derniers jours de la guerre — intenses combats de rue, franchissements de rivières et assauts massifs — plongèrent le centre de la capitale dans un chaos absolu. Le 30 avril, Adolf Hitler se suicida dans son bunker ; deux jours plus tard, le général Helmuth Weidling capitulait, mettant un terme à la résistance allemande dans Berlin.
« Berlin était un tas de gravats », se souvient Jörg Morré, directeur du musée Berlin-Karlshorst, situé dans le bâtiment même où l’Allemagne signa sa capitulation définitive. Mais les infrastructures essentielles purent être remises en état rapidement : réseaux d’eau, électricité et transports publics ont repris vie peu après la fin des hostilités.
Pour Eva-Maria Kolb, 89 ans, alors adolescente, la fin de la guerre fut un soulagement immense. Elle évoque les descentes fréquentes à la cave pendant les alertes aériennes, et les cours repris dans une école partiellement détruite, faute de mieux. « Tout le monde qui n’était pas nazi était très reconnaissant que la guerre soit enfin finie », dit-elle.
L’après-guerre vit Berlin divisée entre les puissances alliées, prémices de la guerre froide. Cette séparation conduira à la construction du mur en 1961, qui scindera la ville jusqu’en 1989. Aujourd’hui, le Bundestag siège dans le Reichstag restauré, où les graffitis laissés par les soldats soviétiques témoignent encore de la prise symbolique du cœur du pouvoir nazi.
Si la capitulation militaire à Berlin eut lieu le 2 mai, la fin officielle de la guerre en Europe fut actée quelques jours plus tard. Une première signature eut lieu à Reims le 7 mai, mais l’URSS exigea une nouvelle cérémonie à Berlin le 8 mai, date que la Russie continue de commémorer comme le Jour de la Victoire, tandis que les pays occidentaux marquent cette fin le 8 mai.
« Dans cette salle, la guerre en Europe a pris fin », rappelle Morré. « C’est ici que tout s’est arrêté. »