Acquis pour une somme modique en 1946, ce document historique conservé à l’université américaine s’avère être l’un des sept exemplaires authentiques d’une charte fondatrice des droits et libertés modernes.
C’est une révélation d’une portée historique majeure. Un exemplaire de la Magna Carta conservé depuis près de 80 ans à l’université de droit de Harvard, aux États-Unis, et longtemps considéré comme une simple reproduction, a été formellement identifié comme un original authentique, daté de 1300. L’annonce a été faite ce jeudi 15 mai par une équipe d’experts britanniques des universités de King’s College London et d’East Anglia.
Une découverte inespérée
Le document, acquis en 1946 pour 27,50 dollars (soit environ 420 euros aujourd’hui), fait désormais partie des sept seuls exemplaires connus de la “Confirmation des Chartes”, promulguée par le roi Édouard Ier, successeur de Jean sans Terre. Les experts ont fondé leur identification sur des critères précis, notamment les dimensions du parchemin, la qualité du manuscrit et des détails calligraphiques, dont une grande lettrine “E” ouvrant le texte d’“Edwardus”.
« C’est une découverte fantastique », a réagi l’historien David Carpenter, professeur à King’s College. « Cette Magna Carta de Harvard doit être reconnue comme un véritable original, l’un des piliers historiques de la pensée juridique et constitutionnelle mondiale. »
Une charte au cœur de l’histoire des libertés
Signée pour la première fois en 1215 par Jean sans Terre sous la pression des barons anglais, la Magna Carta (ou “Grande Charte”) fut un texte fondateur. Elle limitait les pouvoirs du monarque et affirmait certains droits fondamentaux, notamment en matière de fiscalité, de justice et de liberté individuelle. Plusieurs versions ont vu le jour, amendées puis solennellement confirmées au fil du temps — notamment en 1225 et 1300.
Bien que ses premières versions aient été rapidement annulées, la Magna Carta est devenue, à travers les siècles, un symbole puissant de résistance à l’arbitraire royal. Elle a inspiré les Pères fondateurs américains au XVIIIe siècle et demeure aujourd’hui une référence majeure dans de nombreuses constitutions modernes.
Un document au destin singulier
Ce nouvel exemplaire, désormais considéré comme original, rejoint une liste très restreinte de manuscrits similaires, dont certains sont conservés à la British Library ou dans des cathédrales anglaises comme Lincoln ou Salisbury. Contrairement à ces exemplaires longtemps étudiés et exposés, celui de Harvard dormait dans les archives, étiqueté comme une copie de peu de valeur.
Son authenticité offre une opportunité précieuse de revisiter un jalon essentiel de l’histoire politique et juridique, en pleine actualité du débat sur les libertés individuelles et l’État de droit.
« Le fait qu’un tel document ait traversé les siècles, oublié de tous, pour être redécouvert aujourd’hui, est en soi une leçon d’humilité et un appel à protéger notre héritage démocratique », conclut David Carpenter.