Aux États-Unis, il n’existe pas d’annonces d’emploi pour devenir bourreau dans les prisons, et aucun enfant ne rêve d’exercer cette profession en grandissant. Pourtant, quelqu’un doit bien l’assumer. C’est ainsi que commence un rapport du journal The Guardian qui explore l’identité de ces bourreaux, leur mode de recrutement, et les raisons pour lesquelles la loi protège leur anonymat.
L’autrice du rapport, la chercheuse en droit Corinna Len, indique avoir lancé en 2018 une étude sur les échecs répétés des exécutions par injection létale aux États-Unis. Elle a découvert qu’une grande partie du problème réside dans l’identité de ceux qui les réalisent.
Elle souligne que dans la plupart des États américains, la loi impose une confidentialité totale sur l’identité des exécuteurs, rendant difficile leur responsabilité ou l’évaluation de leur compétence. Toutefois, certaines enquêtes judiciaires et journalistiques ont permis de dévoiler des noms et des faits.
Len explique que le nombre d’exécutions devrait augmenter dans les États sous l’administration du président Donald Trump, ce qui nécessitera davantage de bourreaux. Les États proposent des sommes élevées – jusqu’à 20 000 dollars – aux médecins acceptant d’occuper ce poste.
Elle met en lumière le cas du Dr Alan Doerhoff, l’un des bourreaux les plus connus, ayant supervisé 54 des 65 exécutions menées dans le Missouri entre 1976 et 2006. Son identité a été révélée lors d’une affaire où il avait administré à un prisonnier 2,5 grammes de thiopental sodique au lieu des 5 grammes prévus.
Devant la cour, Doerhoff a admis rencontrer des difficultés à préparer les doses et a invoqué une dyslexie — qu’il a par la suite niée. Il a également été révélé qu’il ne procédait pas lui-même aux injections, les laissant aux gardiens.
Malgré ces erreurs, selon Len, l’État a continué à défendre Doerhoff et à le recruter jusqu’à ce que des journalistes exposent son passé médical controversé. Plus de 20 plaintes pour négligence avaient été déposées contre lui, et deux hôpitaux lui avaient retiré son droit d’exercer.
Après le scandale, au lieu de résoudre le problème, le Missouri a adopté une loi criminalisant la divulgation de l’identité des exécuteurs. Doerhoff a ensuite été recruté à nouveau par le gouvernement fédéral et l’État d’Arizona, bien que son passé ait été connu, selon le rapport.
Lorsque l’affaire Doerhoff a éclaté, des condamnés à mort en Arizona ont intenté un procès contre l’État, procès qui s’est poursuivi entre 2007 et 2009.
Une enquête connexe a révélé des problèmes similaires en Arizona. Une plainte a dévoilé que l’un des membres de l’équipe d’exécution était un ancien infirmier déchu de sa licence, devenu vendeur d’électroménagers, arrêté trois fois en dix jours pour conduite en état d’ivresse.
L’État avait promis de s’assurer que les exécuteurs seraient des professionnels médicaux fiables, mais un autre scandale a éclaté en 2011 : le directeur de la prison a admis que cinq exécutions avaient été réalisées par une personne sans licence médicale, sans vérification d’antécédents. Une simple vérification aurait révélé de multiples infractions.
Cette personne, ancien gardien de prison, avait été recrutée par téléphone par le directeur, qui lui avait seulement demandé s’il savait poser une perfusion. Il a été engagé sans formation ni évaluation.
Le rapport se tourne ensuite vers la Californie, où la justice a révélé en 2006 que certains membres de l’équipe d’exécution étaient impliqués dans le trafic de drogue, la conduite en état d’ivresse ou souffraient de troubles mentaux. Il a aussi été découvert des disparitions de stocks de médicaments létaux.
Dans le Tennessee, un bourreau a été condamné deux fois pour usage de drogues. Un autre, ancien médecin ayant quitté la profession à cause de plaintes pour négligence, avait été recruté comme exécuteur. Dans le Maryland, un bourreau a été surpris en train de cracher dans la nourriture des détenus.
Corinna Len conclut que ces faits illustrent le désordre profond — à la fois professionnel et éthique — qui entoure le système d’exécution américain, sans perspective de solution proche.