Le groupe allemand Bayer et des avocats représentant des patients atteints de cancer ont annoncé mardi un projet d’accord à 7,25 milliards de dollars pour mettre fin à des milliers de procédures aux États-Unis. Les plaignants accusent Bayer de ne pas avoir averti que le désherbant Roundup pouvait provoquer des cancers, notamment des lymphomes non hodgkiniens.
Cet accord intervient alors que la Cour suprême américaine doit examiner en avril un dossier clé : Bayer soutient que l’autorisation donnée par l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA), sans mention de risque cancérogène, devrait empêcher les poursuites fondées sur le droit des États. L’affaire devant la Cour suprême ne serait pas directement affectée par le règlement, mais l’accord réduit l’incertitude : les malades seraient indemnisés même si Bayer gagne, et l’entreprise limiterait le risque de condamnations plus lourdes si elle perd.
Au total, environ 200 000 réclamations ont été déposées contre Bayer. Parmi elles, plus de 125 000 plaintes en justice depuis 2015. Peu de dossiers sont allés jusqu’au verdict, mais plusieurs décisions ont été défavorables à Bayer, dont une condamnation record de 2,1 milliards de dollars prononcée en Géorgie l’an dernier.
Le projet prévoit la création d’un fonds alimenté chaque année pendant jusqu’à 21 ans, pour un total pouvant atteindre 7,25 milliards. Les montants versés dépendraient du profil d’exposition, de l’âge au diagnostic et de la gravité de la maladie. Par exemple, un travailleur agricole exposé longtemps et diagnostiqué avant 60 ans avec une forme agressive toucherait en moyenne 165 000 dollars, tandis qu’un utilisateur résidentiel diagnostiqué plus tard avec une forme moins agressive recevrait autour de 20 000 dollars, voire 10 000 dollars au-delà de 78 ans.
Certains avocats estiment déjà que les indemnisations proposées sont trop faibles et s’attendent à ce que de nombreux plaignants refusent l’accord, ce qui pourrait conduire Bayer à l’annuler si trop de personnes se retirent.
Sous la pression judiciaire, Bayer a déjà retiré le glyphosate des versions de Roundup vendues aux particuliers aux États-Unis, mais l’herbicide reste utilisé dans l’agriculture. Bayer continue de nier tout lien entre glyphosate et cancer, rappelant que l’EPA considère le produit comme « probablement non cancérogène » lorsqu’il est utilisé conformément aux instructions. L’administration Trump a, de son côté, pris position en faveur de Bayer devant la Cour suprême, contrairement à l’administration Biden.