La société spatiale privée taïwanaise TiSpace a échoué samedi dans sa tentative de réaliser le tout premier lancement spatial étranger depuis le sol japonais. Sa fusée VP01, longue de 12 mètres, a été contrainte à interrompre son vol peu après son décollage depuis le port spatial d’Hokkaido, dans le nord du Japon, mettant fin à une mission qui devait symboliser une avancée majeure pour le secteur spatial asiatique indépendant.
Le lancement, effectué par l’intermédiaire de la filiale japonaise de TiSpace, jtSPACE, avait pour objectif d’atteindre l’altitude symbolique de 100 kilomètres, soit la limite conventionnelle de l’espace. Mais moins d’une minute après le décollage, les images diffusées par la chaîne publique NHK ont montré la fusée dévier brutalement de sa trajectoire, avant de retomber. L’engin ne transportait pas de satellite pour ce vol inaugural.
La société Space Cotan, qui exploite le port spatial d’Hokkaido, a confirmé l’échec, précisant que les causes précises de l’incident restaient à déterminer. « Nous examinons la situation du vol », a déclaré un porte-parole peu après le lancement avorté. Le vol devait représenter un jalon dans la montée en puissance d’Hokkaido comme futur hub spatial en Asie.
Cet échec marque un nouveau revers pour TiSpace, qui avait déjà tenté, sans succès, un lancement depuis l’Australie en 2022. L’entreprise, dirigée par un ancien haut responsable de l’Agence spatiale taïwanaise, s’était ensuite tournée vers le Japon pour poursuivre ses essais, profitant d’un environnement technologique avancé et d’un soutien politique local.
Le projet avait reçu un accueil favorable dans la région d’Hokkaido, où les responsables espèrent positionner l’île comme un pôle d’innovation dans l’industrie spatiale privée. Toutefois, certains analystes japonais mettent en garde contre les implications géopolitiques du soutien à une société taïwanaise dans un domaine aussi sensible, compte tenu des tensions persistantes entre Pékin et Taipei. La Chine suit de près les activités technologiques de Taïwan, notamment celles liées aux lanceurs, souvent considérées comme à double usage civil et militaire.
Le Japon lui-même tente de faire émerger une industrie de lancement spatial privée capable de rivaliser sur un marché mondial largement dominé par des entreprises américaines comme SpaceX ou Rocket Lab. Mais jusqu’à présent, aucune fusée développée par une entreprise privée japonaise n’a réussi à placer un satellite en orbite.
D’autres initiatives, comme celles de la start-up Interstellar Technologies (soutenue par Toyota) ou de Space One (avec Canon Electronics), ont également connu des échecs. Honda, pour sa part, a récemment franchi une étape encourageante avec un test réussi à basse altitude de sa fusée réutilisable, visant un lancement orbital d’ici 2029.
Malgré le revers de samedi, la tentative de TiSpace souligne l’effervescence du secteur spatial en Asie, où ambitions technologiques, investissements privés et rivalités géopolitiques s’entremêlent désormais dans la conquête de l’orbite.