Le paradoxe est frappant. Alors que la surface annuelle de forêts détruites par les flammes a diminué de 26 % entre 2002 et 2021, l’exposition des populations aux incendies a bondi de 40 %. En deux décennies, 440 millions de personnes ont été menacées par un feu, soit l’équivalent de la population de l’Union européenne, selon une étude publiée dans la revue Science.
Une vulnérabilité accentuée par l’urbanisation et le climat
Derrière cette hausse, les chercheurs pointent la croissance démographique et l’installation d’habitants dans des zones particulièrement exposées. L’Afrique concentre à elle seule 86 % des cas d’exposition, notamment en République démocratique du Congo, au Soudan du Sud, au Mozambique, en Zambie et en Angola. Dans ces pays, l’expansion de l’agriculture commerciale pousse les populations à s’installer au cœur des savanes, où surviennent près des deux tiers des incendies mondiaux. En comparaison, l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Australie représentent moins de 2,5 % des personnes touchées, mais le Vieux Continent enregistre la densité d’exposition la plus élevée, car les feux y frappent des zones densément peuplées.
La France en première ligne
Dans l’Hexagone, la superficie brûlée a été divisée par quatre depuis les années 1980 grâce aux politiques de prévention, passant de 40 000 hectares à moins de 10 000 par an en moyenne (hors années exceptionnelles comme 2022 et 2025). Pourtant, la population est plus exposée qu’autrefois, et le sera encore davantage demain. La forêt couvre désormais 50 % de surface en plus qu’en 1950, tandis que l’urbanisation pousse de plus en plus de ménages à s’installer en lisière des massifs. Avec le réchauffement, les vagues de chaleur, les sécheresses et les vents violents se multiplient, allongeant la saison des feux et augmentant leur intensité. Quarante-huit départements sont cette année classés à risque, bien au-delà de l’arc méditerranéen. Les auteurs de l’étude avertissent que la montée en puissance des incendies les plus extrêmes aggrave encore la menace : ces feux ne représentent que 0,01 % des départs, mais concernent déjà 0,6 % des populations exposées et 5 % des surfaces détruites, causant les dégâts humains et matériels les plus lourds. Face à cette progression, experts et chercheurs insistent sur la prévention : limiter l’urbanisation en zone sensible, débroussailler, aménager des accès pour les pompiers, privilégier des matériaux résistants comme la pierre, et surtout contenir le réchauffement climatique en respectant les objectifs de l’accord de Paris.