Une bagarre filmée dans les allées du Salon international de l’agriculture a révélé une affaire embarrassante : la présence d’un stand vendant du nougat présenté comme étant « de Montélimar » alors que cette appellation est protégée depuis novembre 2024 par une indication géographique protégée. Les images, largement relayées sur les réseaux sociaux, montrent notamment des meules de nougat sur l’étal, une pratique proscrite par le cahier des charges de l’IGP. Pour les producteurs habilités, il s’agit d’une usurpation manifeste susceptible d’ouvrir un contentieux.
Depuis l’obtention de l’IGP, la fabrication du nougat de Montélimar est strictement encadrée et limitée à quatorze communes de la Drôme. Huit années de démarches ont été nécessaires pour sécuriser cette reconnaissance officielle. L’objectif était clair : protéger un savoir-faire artisanal et éviter les détournements commerciaux.
Une recette et un territoire strictement encadrés
Le cahier des charges impose des critères précis. La pâte doit être aérée uniquement avec du blanc d’œuf, le miel doit représenter au moins 25% des matières sucrantes et la garniture doit comporter 30% d’amandes ou 28% d’amandes complétées par 2% de pistaches. La présence de cacahuètes exclut immédiatement le produit de l’appellation. Les professionnels insistent également sur des méthodes de fabrication héritées d’un savoir-faire ancien, reposant sur la cuisson en chaudron, l’incorporation d’amandes torréfiées en quantité définie et l’étalage manuel en plaques.
Pour les fabricants certifiés, ces exigences ne sont pas accessoires : elles constituent le socle même de la reconnaissance géographique. À leurs yeux, toute utilisation abusive du nom porte atteinte à la réputation collective du produit et à l’investissement consenti pour obtenir le label.
Un bras de fer autour des responsabilités
L’entreprise mise en cause au Salon ferait déjà l’objet d’une procédure avec l’Institut national de l’origine et de la qualité. Les représentants du syndicat des fabricants estiment que l’affaire illustre la persistance d’usurpations malgré la mise en place de l’IGP. Ils considèrent que la quasi-totalité des opérateurs indélicats ont retiré la mention « Montélimar » de leur communication, mais qu’une minorité continue de s’en prévaloir.
De son côté, l’organisateur du Salon international de l’agriculture affirme que le contrôle réglementaire des indications géographiques relève des organismes certificateurs et non de l’événement lui-même. Une position jugée insuffisante par les producteurs, qui estiment qu’un salon d’envergure nationale devrait veiller au respect des appellations protégées dans ses allées. Face à cette situation, les fabricants habilités n’excluent pas de saisir la justice afin de faire respecter l’IGP et de défendre l’intégrité du nougat de Montélimar. La polémique, née d’une altercation, pourrait ainsi se prolonger devant les tribunaux.