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French far-right party Rassemblement National (RN) leader and candidate for the legislative elections Marine Le Pen waves during a rally in Henin Beaumont, northern France on June 5, 2022. - French voters head to the polls on June 12 and 19 for legislative elections. (Photo by Denis Charlet / AFP)

Le Rassemblement national (RN) fait face à une impasse dans sa tentative d’abroger la réforme des retraites. Sa proposition de loi, déposée par le député Thomas Ménagé pour ramener l’âge légal de départ à la retraite à 62 ans et réduire la durée de cotisation à 42 ans, a été amputée de ses mesures phares après un rejet en commission et un veto de la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, pour des raisons constitutionnelles. Le texte, ainsi vidé de sa substance, sera tout de même débattu ce jeudi 31 octobre dans l’hémicycle, mais sans espoir de restaurer les articles initiaux.

Une manœuvre de la majorité et de la gauche ?

L’abrogation de la réforme des retraites reste un enjeu important pour le RN, qui espérait profiter de cette journée de niche parlementaire pour donner un coup d’éclat. Cependant, la proposition de loi a rapidement été rejetée en commission, avec le soutien de la droite, des macronistes et de trois élus de gauche. Une stratégie aurait alors été employée par certains députés pour faire adopter en commission plusieurs amendements « techniques » – prévoyant notamment des rapports – qui ont permis de vider le texte de ses articles principaux tout en le rendant juridiquement viable.

À présent, le RN accuse la gauche de « duplicité ». Le président délégué des députés RN, Jean-Philippe Tanguy, a dénoncé une « petite politique » visant à saboter un texte en cohérence avec les promesses de campagne du Nouveau Front populaire (NFP). La gauche, de son côté, reproche au RN une approche opportuniste sur un sujet complexe, affirmant que seule une force majoritaire à gauche pourrait réellement mener une abrogation de la réforme à travers les navettes parlementaires, le Sénat restant dominé par la droite.

Recentrage sur le régalien

Devant l’échec annoncé de leur proposition de loi sur les retraites, le RN change de stratégie et décide de recentrer ses priorités sur des propositions régaliennes. Parmi celles-ci figurent notamment l’assouplissement des conditions d’expulsion des délinquants étrangers et l’instauration de peines planchers pour certains crimes et délits. Ces thèmes sécuritaires, qui trouvent un écho dans une frange de la droite et des électeurs républicains, pourraient créer une certaine convergence.

Les ministres issus de la droite et certains députés républicains, comme Philippe Gosselin, ont exprimé une ouverture envers les propositions du RN, estimant qu’elles reprenaient des mesures qu’ils auraient eux-mêmes défendues dans le passé. Cette ouverture pourrait fragiliser la cohésion de la majorité présidentielle, certains députés d’Horizons, le parti d’Édouard Philippe, n’excluant pas de soutenir certaines de ces propositions si leurs amendements sont pris en compte.

Une bataille d’images et de messages politiques

Cette journée de débats s’annonce comme un moment de communication politique pour le RN, qui, même sans succès législatif, espère marquer l’opinion publique. Thomas Ménagé, auteur de la proposition, défend sa décision de maintenir le texte, même symbolique, « pour montrer l’alliance du parti unique, qui va de Jean-Luc Mélenchon à Laurent Wauquiez ». Cette stratégie vise à renforcer l’image du RN comme force d’opposition face à ce qu’il qualifie de « blocage institutionnel ».

La gauche, quant à elle, se prépare à soumettre sa propre proposition de loi d’abrogation des retraites le 28 novembre, une initiative qui s’inscrit dans une rivalité idéologique et médiatique pour apparaître comme le principal opposant à la réforme. Les élus du NFP ont ainsi accusé le RN de tenter de « tromper » les Français en promettant une abrogation sans garantie de faisabilité.

En choisissant d’investir la journée sur des questions régaliennes, le RN espère à présent obtenir des voix de droite sur des propositions de sécurité et d’immigration, une thématique où il pourrait faire pression sur la majorité présidentielle et profiter des failles dans la cohésion de la droite parlementaire.

Cette journée parlementaire pourrait donner lieu à un jeu d’équilibre politique où le RN tente de se positionner sur plusieurs fronts : une abrogation des retraites impossible, mais hautement symbolique, et des propositions sécuritaires qui divisent les droites. Pour le parti de Marine Le Pen, l’objectif sera de démontrer la pertinence de ses propositions régaliennes et de mettre en lumière les incohérences et divisions de ses adversaires, alors que le débat sur la réforme des retraites et les enjeux de sécurité continuent d’alimenter les tensions politiques en France.

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