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(FILES) The logo of ArcelorMittal's steel plant in Florange eastern France is pictured on December 10, 2012. ArcelorMittal chief Lakshmi Mittal has vowed to keep his promise to maintain jobs at a French steel plant at the centre of a dispute with authorities. The French government and the steelmaker had been waging high-stakes brinkmanship for weeks over the fate of two blast furnaces at a plant in Florange in northeastern France that ArcelorMittal said were no longer viable. AFP PHOTO / JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN. Steelmaker ArcelorMittal announced to its unions on Novmeber 19, 2024 the "possible shutdown" of two industrial service sites, in "Reims and Denain", due to a "difficult economic context" linked to its industrial and automotive customers. (Photo by Jean-Christophe VERHAEGEN / AFP)

La désindustrialisation de la France continue de se matérialiser, cette fois-ci avec l’annonce d’ArcelorMittal, deuxième sidérurgiste mondial, concernant la possible fermeture de deux de ses sites industriels. Près de 130 emplois sont menacés sur les sites de Reims (Marne) et Denain (Nord), une décision justifiée par un « contexte économique difficile » affectant principalement l’industrie et l’automobile, principaux clients de l’entreprise.

Une réorganisation sous tension

Le 19 novembre 2024, la direction d’ArcelorMittal Centres de Services, filiale spécialisée dans le commerce de gros de métaux et minéraux, a réuni son comité social et économique (CSE) pour annoncer ce projet de réorganisation. Le site de Reims, où travaillent environ 200 salariés, pourrait perdre jusqu’à 150 emplois. Celui de Denain, avec une trentaine de postes concernés, subit une pression similaire. L’entreprise explique faire face à une baisse drastique de commandes, aggravée par le déclin de l’industrie automobile et par la concurrence féroce de l’acier chinois à bas coût.

« Nos clients, notamment dans l’industrie et l’automobile, connaissent une forte diminution de leurs activités ces derniers mois, ce qui a un impact direct sur notre production », a indiqué ArcelorMittal dans un communiqué.

Du côté des syndicats, la colère gronde. David Blaise, délégué central CGT, dénonce une gestion manquant d’anticipation. « On savait que le secteur automobile était en difficulté. Il fallait diversifier les activités, mais rien n’a été fait. Et maintenant, on sacrifie les salariés », a-t-il déclaré.

Sur le site de Denain, une grève a immédiatement éclaté, et des actions syndicales sont prévues dans tous les sites français d’ArcelorMittal dans les prochains jours. Les salariés, encore hantés par la fermeture des hauts fourneaux de Florange en 2012, se disent désabusés par cette nouvelle vague de suppressions d’emplois dans un secteur déjà fragilisé.

Un phénomène plus large de désindustrialisation

Cette annonce intervient dans un contexte général de recul de l’industrie française. En septembre dernier, Michelin avait déjà annoncé la fermeture de deux usines à Vannes et Cholet, mettant en péril 1 254 emplois. Les difficultés de l’industrie automobile, frappée par une baisse de volumes et une concurrence accrue, se répercutent sur les sous-traitants et fournisseurs comme ArcelorMittal.

Au niveau européen, l’acier subit la concurrence des produits chinois, qui représentent désormais près de 30 % du marché. Malgré les mesures de protection mises en place par la Commission européenne, les industriels européens peinent à rivaliser avec des prix largement inférieurs.

ArcelorMittal a annoncé l’ouverture de discussions avec les organisations syndicales pour limiter l’impact social de ces fermetures. Mais pour beaucoup, cette nouvelle étape illustre une tendance de fond. « On est en train de perdre une part essentielle de notre industrie », a souligné Xavier Le Coq, coordinateur CFE-CGC.

Alors que le gouvernement a récemment mis en avant des besoins dans certains secteurs industriels dits « d’avenir », comme la transition énergétique, les annonces de fermetures d’usines continuent de s’accumuler. La désindustrialisation, perçue comme inéluctable par certains, reste un signal d’alarme pour l’économie et l’emploi en France. Une fois encore, ce sont les salariés qui paient le prix fort d’une économie en mutation, à la recherche d’un équilibre entre compétitivité et maintien des capacités de production.

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