Emmanuel Macron et Friedrich Merz se retrouvent jeudi soir à Brühl, près de Cologne, à la veille d’un Conseil des ministres franco-allemand. La relation entre les deux pays traverse une passe difficile, marquée par des désaccords commerciaux et un projet d’avion de combat abandonné.

Conseil franco-allemand sur fond de tensions persistantes entre Paris et Berlin
Conseil franco-allemand sur fond de tensions persistantes entre Paris et Berlin

Emmanuel Macron et Friedrich Merz se retrouvent jeudi soir à Brühl, près de Cologne, à la veille d’un Conseil des ministres franco-allemand. La relation entre les deux pays traverse une passe difficile, marquée par des désaccords commerciaux et un projet d’avion de combat abandonné.

Le cadre est symbolique, le contexte l’est moins. Les deux dirigeants se retrouvent dans une ville à mi-chemin entre Cologne et Bonn, l’ancienne capitale fédérale, avec un agenda chargé et une relation bilatérale qui s’est considérablement dégradée depuis un an.

Pourtant, l’arrivée de Friedrich Merz à la chancellerie, il y a un an, avait suscité des espoirs côté français. Macron voyait dans ce changement une occasion de tourner la page d’une relation personnellement difficile avec Olaf Scholz. Le patron de la CDU, lui, entendait profiter des deux dernières années du mandat Macron pour avancer sur plusieurs dossiers, dans le contexte de la guerre en Ukraine.

Deux crises majeures ont depuis plombé cette dynamique. La première porte sur l’accord commercial avec le Mercosur. Premier exportateur européen, l’Allemagne défendait ce texte négocié depuis plus de vingt ans. La France s’y est opposée, a réussi à le bloquer dans un premier temps, puis a été mise en minorité, sans jamais lâcher son opposition pour ne pas s’aliéner ses agriculteurs, soutenus par l’ensemble de la classe politique française.

La seconde rupture est encore plus lourde de symboles : l’abandon du Scaf, le projet d’avion de combat franco-allemand, victime des rivalités entre industriels des deux pays que les responsables politiques n’ont pas su arbitrer.

Derrière ces couacs, une paralysie politique qui touche les deux capitales. En France, trois Premiers ministres se sont succédé depuis les législatives de 2024, faute de majorité claire. L’adoption du dernier budget a été laborieuse, sans que le gouvernement parvienne à réaliser les économies réclamées aussi bien à Bruxelles qu’à Berlin.

La situation de Merz n’est guère plus solide. Sa coalition avec le SPD repose sur une majorité très courte, et son impopularité rivalise avec celle de Macron. L’AfD, pro-russe et anti-immigration, progresse, notamment à l’approche de trois élections régionales à l’Est du pays en septembre, susceptibles de rebattre les cartes politiques. À Berlin, on surveille aussi avec inquiétude la possible arrivée du Rassemblement national au pouvoir en France en 2027.

Sur l’autonomie stratégique européenne, les deux hommes affichent un accord de façade. Mais leurs conceptions divergent profondément. Paris défend une autonomie opérationnelle qui prolonge sa vision nationale de la défense à l’échelle du continent, sans disposer des moyens financiers suffisants pour la concrétiser malgré la loi de programmation militaire. Berlin, de son côté, investit massivement, mais pour acheter américain, comme l’illustre l’accord conclu au sommet de l’Otan pour l’acquisition de missiles de croisière Tomahawk, et pour bâtir sa propre base industrielle de défense, qu’elle considère comme un secteur stratégique d’avenir.

Cette absence de coordination empêche d’autres pays européens de rejoindre des programmes communs qui n’existent pas, repoussant d’autant l’horizon d’une véritable autonomie stratégique du continent.

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