POLITIQUE

« 30 000 pilleurs à Marseille ? » : Benoît Payan conteste les chiffres de la préfecture et accuse l’État d’avoir laissé la ville sans protection

« 30 000 pilleurs à Marseille ? » : Benoît Payan conteste les chiffres de la préfecture et accuse l’État d’avoir laissé la ville sans protection
« 30 000 pilleurs à Marseille ? » : Benoît Payan conteste les chiffres de la préfecture et accuse l’État d’avoir laissé la ville sans protection

La polémique enfle à Marseille au lendemain des violences survenues pendant la mobilisation nationale du 17 octobre. Dimanche 18 octobre 2026, le maire Benoît Payan a vivement contesté le bilan avancé par la préfecture de police des Bouches-du-Rhône, qui affirme avoir recensé plus de 30 000 pilleurs et jusqu’à 8 000 émeutiers au plus fort des troubles. L’élu divers gauche juge ce chiffre « farfelu » et remet en cause la présentation des événements par les autorités de l’État. Alors que de nombreux commerces ont été attaqués, que l’hôtel de ville a été pris pour cible et que des affrontements ont opposé les forces de l’ordre à des groupes violents, le maire estime que la principale question reste celle des moyens policiers réellement déployés pour protéger la population. Selon lui, la sécurité des Marseillais n’a pas été assurée à la hauteur des risques pourtant identifiés avant la mobilisation. Cette confrontation entre la municipalité et les services de l’État intervient dans un climat particulièrement tendu, alors que commerçants et habitants découvrent l’ampleur des dégâts et réclament des réponses rapides.

Le bilan présenté dimanche par la préfecture de police témoigne d’une journée d’affrontements particulièrement intense. Les autorités font état de 99 gardes à vue directement liées aux émeutes et de 118 membres des forces de l’ordre blessés, dont trois hospitalisés. Pour contenir les violences, plusieurs centaines de policiers et de gendarmes ont été mobilisés au cours de la journée, avec des renforts progressifs de CRS et de gendarmes mobiles. La préfecture indique également que 4 000 grenades lacrymogènes ont été utilisées. Mais l’estimation de 30 000 pilleurs suscite de nombreuses interrogations, notamment sur les critères employés pour comptabiliser les personnes présentes dans les secteurs touchés. Ce chiffre ne signifie pas nécessairement que 30 000 individus ont été surpris en train de commettre un vol. Il doit donc être distingué du nombre de personnes dont la participation effective à des pillages pourrait être établie par les enquêtes judiciaires. Cette différence de qualification constitue l’un des points centraux de la controverse. Pour Benoît Payan, l’ampleur des dégradations ne saurait justifier l’utilisation de données qu’il considère comme peu crédibles, alors que la question de la préparation du dispositif de maintien de l’ordre reste, selon lui, insuffisamment expliquée.

Le maire demande des comptes sur les effectifs de police mobilisés

Les violences ont commencé samedi matin, avant même le départ des principaux cortèges. Sur le Vieux-Port, plusieurs dizaines d’individus ont forcé l’entrée de l’hôtel de ville, provoquant des dégradations dans le bâtiment municipal. Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent notamment du mobilier renversé et un buste de Marianne jeté au sol. Dans le centre-ville, plusieurs commerces ont également été pris pour cible, notamment dans les rues commerçantes proches de la Canebière et de la rue Saint-Ferréol. Face à la dégradation rapide de la situation, Benoît Payan a directement sollicité l’exécutif national afin d’obtenir des renforts. Le maire a indiqué avoir échangé avec Emmanuel Macron et demandé l’intervention de compagnies supplémentaires de CRS. Il a également dénoncé le nombre de policiers présents au début des troubles, estimant qu’une seule compagnie de CRS était insuffisante pour une ville de la taille de Marseille. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a défendu l’organisation du dispositif, expliquant que plusieurs unités mobiles étaient prévues et que leur prise de service avait été avancée en raison de l’ampleur des incidents. Le désaccord porte donc autant sur l’anticipation des violences que sur la capacité des forces de sécurité à intervenir suffisamment rapidement.

La controverse prend désormais une dimension politique, à la veille d’une visite du ministre de l’Intérieur à Marseille. Benoît Payan entend obtenir des explications sur les choix effectués par les autorités et réclame également une participation de l’État à l’indemnisation des commerçants touchés. Dimanche, de nombreux professionnels nettoyaient encore leurs établissements, remplaçaient des vitrines endommagées ou installaient des protections provisoires devant leurs boutiques. La Région Provence-Alpes-Côte d’Azur a annoncé la réactivation d’un dispositif d’aide d’urgence destiné aux entreprises victimes des violences. Au-delà des pertes matérielles, les commerçants s’inquiètent des conséquences sur leur activité et sur la fréquentation du centre-ville. Pour les services de l’État, il faudra désormais expliquer les méthodes utilisées pour établir les bilans humains et matériels, tout en poursuivant les investigations destinées à identifier les auteurs des dégradations. Pour la municipalité, la priorité consiste à restaurer la sécurité et à éviter qu’un tel scénario ne se reproduise. La bataille des chiffres révèle ainsi un désaccord plus profond sur les responsabilités institutionnelles dans le maintien de l’ordre. Deux jours après une mobilisation nationale qui a donné lieu à de nombreux affrontements, Marseille se retrouve au centre d’une confrontation entre son maire et les autorités préfectorales, alors que les habitants attendent avant tout des garanties sur leur sécurité et la reconstruction des commerces endommagés.

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