Alors que SNCF Voyageurs a affiché en 2024 des bénéfices solides et un chiffre d’affaires en progression, sa dette nette a paradoxalement connu une envolée spectaculaire : +740 % en un an, passant de 200 millions d’euros en 2023 à 1,683 milliard en 2024. Une évolution qui interpelle, d’autant plus que l’opérateur TGV et Intercités fonctionne à plein régime.
Un effet mécanique des versements au Groupe
En réalité, cette montée de la dette trouve son origine dans la structure même du Groupe SNCF et les mécanismes de financement entre ses entités. Comme le précisent les documents internes, les bénéfices de SNCF Voyageurs ne sont pas conservés par l’entité elle-même mais reversés au holding (la SA SNCF) pour financer le fonds de concours. Ce dernier sert notamment à soutenir SNCF Réseau, en charge d’un réseau ferré vieillissant, hors lignes TGV. Au total, 2,75 milliards d’euros ont été versés par SNCF Voyageurs au groupe en 2024, soit bien plus que son résultat net (765 millions). Cette somme comprend 2,5 milliards d’euros assimilables à une distribution de dividendes et 225 millions au titre de dividendes classiques. Pour effectuer ces versements, l’entreprise a donc dû s’endetter lourdement.
Une stratégie assumée… mais risquée
La direction de la SNCF assure que ce gonflement de la dette est cohérent avec la montée en puissance de l’activité Voyageurs. En 2020 et 2021, les effets du Covid avaient gelé toute activité et vidé les trains. Les comptes de 2023 reflétaient encore cet état de fait, avec un endettement anormalement bas. En 2024, les trains étant pleins, l’entreprise a réajusté son endettement à la hauteur de sa rentabilité actuelle. La direction insiste sur le ratio dette/EBITDA, qui resterait favorable malgré la dette élevée. En clair, même si SNCF Voyageurs s’endette, sa capacité à générer du cash permettrait de couvrir cet endettement sans fragiliser la structure. Le ratio est même présenté comme meilleur que celui de l’ensemble du groupe (3,6), preuve selon la direction que la situation reste maîtrisée.
Des questions sur la compétitivité à terme
Reste que certains syndicats internes s’interrogent sur la logique de faire peser sur SNCF Voyageurs le financement global du groupe, alors que l’opérateur est directement exposé à la concurrence – en particulier face à Trenitalia et bientôt à d’autres opérateurs. L’entreprise doit donc à la fois moderniser son offre, maintenir des tarifs compétitifs et rester rentable, tout en supportant une dette croissante. Pour 2025, SNCF Voyageurs prévoit un recul de cette dette à 925 millions d’euros et une progression de son bénéfice net. Mais la question reste ouverte : cette politique de remontée massive des bénéfices ne risque-t-elle pas d’entraver ses marges de manœuvre à long terme ?