Le nouveau PDG d’EDF n’a pas perdu de temps. À peine nommé début mai, Bernard Fontana a affiché ses ambitions : économiser un milliard d’euros sur les frais généraux du groupe d’ici 2030. Une annonce qui fait déjà grincer les dents des syndicats, inquiets d’un plan d’austérité qui pourrait, selon eux, affaiblir les compétences industrielles du groupe. L’annonce a fuité dès le 5 juin, lors d’une réunion avec les 300 cadres les plus hauts placés du groupe. Réduction des surfaces de bureaux, limitation des déplacements, rationalisation des dépenses informatiques : tout semble sur la table. Et même si Fontana assure vouloir épargner les effectifs, le souvenir des 500 millions d’euros déjà économisés entre 2019 et 2022 n’apaise pas les esprits. Les syndicats exigent désormais des précisions concrètes, qu’ils espèrent obtenir lors de la session exceptionnelle du comité social et économique central prévue ce mercredi 18 juin.
Dialogue prudent, inquiétudes persistantes
En façade, le nouveau patron joue la carte du dialogue social. Il a rencontré successivement la CFE-CGC, la CGT, puis doit poursuivre avec la CFDT et FO. Mais la stratégie de « cost-killer », forgée chez Framatome, inquiète : les économies envisagées sont jugées irréalistes sans dommages collatéraux. Avec près de 192 000 salariés dans le groupe, dont 68 000 chez EDF SA, les syndicats redoutent des réorganisations massives, voire des externalisations déguisées. Au-delà des annonces internes, c’est aussi l’attentisme de l’État actionnaire qui inquiète. Alors que le mur d’investissements dans le nucléaire – en particulier les six futurs EPR2 – nécessite des financements colossaux, plusieurs voix syndicales s’alarment d’une stratégie jugée insuffisante.
Un projet déconnecté de la réalité industrielle ?
La CFE-CGC dénonce une logique symbolique, ignorant les véritables enjeux industriels. La CGT, elle, réclame la relance des écoles de métiers pour préserver un savoir-faire en péril. Dans ce climat déjà tendu, EDF a confirmé le 16 juin la détection de deux défauts sur des tuyauteries du réacteur numéro 2 de la centrale de Civaux, dont un cas lié à un phénomène de corrosion sous contrainte. Le redémarrage est prévu pour le 30 juillet. Officiellement sans impact sur la production, cet incident rappelle toutefois la fragilité du parc nucléaire français, encore marqué par les arrêts massifs de 2022. Bernard Fontana a promis un plan d’« efficacité opérationnelle ». Pour les syndicats, il s’agirait plutôt d’une cure de rigueur.