Après plus d’un siècle d’histoire textile, la marque culte de l’enfance française change de pavillon. Groupe Rocher a officialisé jeudi 4 septembre la vente de Petit Bateau au fonds d’investissement américain Regent, déjà propriétaire de Dim et de Bally. Pour la maison mère d’Yves Rocher, il s’agit d’un recentrage sur les cosmétiques. Pour Troyes, berceau historique de la bonneterie, c’est un nouveau séisme industriel.
Une icône fragile du « made in France »
Née il y a plus de 130 ans, Petit Bateau conserve une aura puissante malgré une production largement délocalisée depuis les années 1980 vers le Maroc et la Tunisie. L’usine de Troyes, modernisée en 2021 avec le plan France Relance, reste pourtant un symbole fort, avec 400 salariés toujours en activité et un grand site logistique. L’entreprise emploie au total 2 400 personnes, dont 1 400 en France, et gère encore 214 magasins dans l’Hexagone. Dans une ville où Le Coq Sportif a récemment changé de mains et où plusieurs sous-traitants sont entrés en redressement judiciaire, l’avenir de Petit Bateau sera scruté de près. Groupe Rocher affirme avoir choisi Regent pour garantir des conditions favorables au développement de la marque et préserver son ancrage français.
Un marché enfantin en eaux troubles
Regent, basé à Beverly Hills, joue déjà une carte française avec Dim, reprise en 2022 pour un euro symbolique et aujourd’hui en pleine relance. Son patron Michael Reinstein promet de respecter l’« esprit français » de Petit Bateau et ses traditions artisanales. Mais la conjoncture s’annonce rude : le marché de la mode enfantine est laminé par la baisse de la natalité, la montée de la seconde main et la pression des géants du discount comme Shein. Si la marque a retrouvé une croissance timide (+2,7 % au premier semestre, dont 55 % des ventes réalisées en France), la bataille s’annonce complexe. Symbole du « made in France » résistant face aux importations asiatiques, Petit Bateau devra désormais prouver qu’une âme française peut survivre sous pavillon américain.