La célèbre enseigne de prêt-à-porter féminin traverse une nouvelle zone de turbulences. Moins d’un an après sa reprise par le groupe turc Migiboy Tekstil, Naf Naf a été placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Bobigny, vendredi 31 mai. En cause : des difficultés de trésorerie persistantes qui mettent en péril près de 600 emplois dans l’Hexagone. La décision, dont l’AFP a pu consulter les attendus, révèle une situation critique : la société affiche un passif de 44 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires annuel de 47 millions. Confrontée à l’impossibilité de faire face à ses échéances, l’entreprise bénéficie néanmoins d’une période d’observation de six mois. Un nouveau point sera fait lors de l’audience du 23 juillet, pour évaluer la viabilité d’un plan de redressement.
Un troisième recours judiciaire en moins de cinq ans
Ce placement en redressement judiciaire marque la troisième procédure du genre pour Naf Naf, déjà en grande difficulté avant son rachat par Migiboy Tekstil en juin 2024. Le repreneur turc, alors porteur d’espoir, s’était engagé à maintenir environ 90 % des postes et une centaine de magasins, sauvant 521 emplois sur les 586 initialement menacés. Mais l’embellie aura été de courte durée. Si la direction affirme pouvoir approvisionner les boutiques — grâce à un stock de 800 000 articles et une moyenne de 140 000 pièces écoulées chaque mois —, le tribunal souligne que les marges de manœuvre sont très limitées. La CFDT, dans un communiqué, alerte sur la précarité du plan : « Pour continuer à exister, Naf Naf devra démontrer sa capacité à fonctionner avec une logistique incertaine et des ressources financières étroites. »
Entre réorganisation drastique et menace de liquidation
La perspective d’un redressement viable existe, selon le tribunal, mais au prix de concessions importantes. Le syndicat craint notamment une « réorganisation drastique », avec des fermetures de magasins supplémentaires et une réduction du personnel au siège. À l’inverse, si les conditions d’un redressement ne sont pas réunies, la liquidation judiciaire, avec vente de la marque et des stocks « au plus offrant », reste une issue plausible. Dans cette période d’incertitude, les salariés et leurs représentants attendent désormais des actes concrets de la part de la direction turque pour sortir l’entreprise de l’impasse. La prochaine audience, le 23 juillet, sera décisive.