Chaque seconde, plus de 145 colis traversent l’Europe, expédiés surtout par Shein, Temu et Amazon, selon le ministre de l’Économie et des Finances, Éric Lombard. Ces trois acteurs pèsent à eux seuls un quart des ventes de mode en ligne en France, avec quelque 1,5 milliard de colis importés chaque année, dont 800 millions de petits paquets souvent jugés « non conformes » (94 %) et dangereux (66 %), alerte la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin. Face à cet afflux – qui double chaque année –, 16 % des boutiques de centres commerciaux ont déjà dû fermer leurs portes en 2024, contre 10 % en centre-ville, déplore Yohann Petiot de l’Alliance du commerce.
Une concurrence sauvage pour le commerce local
Au-delà de la menace pesant sur les commerçants, ces importations massives « ne respectent pas l’éthique, la planète et les finances publiques », insiste Éric Lombard. Les colis de moins de 150 € bénéficient encore d’une exemption de droits de douane, un régime « déséquilibré » que la France entend faire sauter au niveau de l’Union européenne d’ici 2026, au plus tard 2028. En supprimant cette franchise « de minimis », les autorités espèrent renchérir automatiquement les prix des produits expédiés depuis la Chine et combler ainsi le manque à gagner budgétaire.
Faire payer les plateformes pour financer la répression
Pour renforcer la lutte contre la contrefaçon, les produits dangereux et les fraudes à la TVA, Paris propose de créer une « contribution forfaitaire » de quelques euros par envoi, versée non par le contribuable français mais par les plateformes d’e-commerce importatrices. Cette taxe permettrait de financer l’augmentation des contrôles de la Répression des fraudes – prioritairement ciblés sur Shein, Temu et les géants étrangers – et d’investir dans les moyens humains et technologiques nécessaires. Sans attendre la validation européenne, la ministre Amélie de Montchalin appelle également les consommateurs à privilégier l’éthique et la durabilité dans leurs achats, pour freiner « l’invasion » de ces petits colis qui menacent le commerce local et la sécurité des produits.