Les ambitions d’Imerys pour le site de Beauvoir, dans l’Allier, prennent une nouvelle dimension. Le groupe minier a annoncé mardi que les réserves de lithium identifiées sur cette ancienne carrière de kaolin dépassent de loin les premières estimations, à tel point que la durée d’exploitation envisagée passe de 25 à 50 ans. Mais la mise en production ne commencera pas avant 2030, deux ans plus tard qu’espéré.
Un potentiel parmi les plus importants au monde
Selon l’étude de pré-faisabilité, le projet « Emili » reposerait sur des ressources estimées à 373 millions de tonnes de roche contenant 1 % d’oxyde de lithium, avec un noyau plus concentré de 69 millions de tonnes à 1,22 %. À terme, le site pourrait produire 34 000 tonnes d’hydroxyde de lithium par an, une quantité suffisante pour alimenter l’industrie européenne des batteries automobiles. Ce gisement rocheux se hisserait dans le top 5 mondial hors saumures, derrière les sites géants d’Australie et de la République démocratique du Congo. Il devancerait même potentiellement le projet tchèque de Cinovec, encore à l’étude.
Une exploitation repoussée à cause du marché
Malgré ce potentiel, Imerys reporte le début des opérations à 2030. Le groupe justifie ce délai par la chute des prix du lithium, désormais sous les 10 euros le kilo, alors que les projections tablent sur un retour entre 17 et 25 euros d’ici la fin de la décennie. Ce repli est attribué à une offre supérieure à la demande, notamment à cause des retards pris par les gigafactories en Europe. Le coût d’exploitation prévu (entre 7 et 9 euros/kg) reste toutefois compétitif, ce qui laisse espérer une bonne rentabilité à moyen terme. En attendant, Imerys cherche un partenaire industriel et espère l’autorisation de construire une usine pilote d’ici fin septembre.
Un contexte économique difficile pour Imerys
La conjoncture globale reste tendue pour le groupe. Sur les six premiers mois de 2025, Imerys a vu son chiffre d’affaires reculer de 8,4 % à 1,75 milliard d’euros. Son bénéfice net a été divisé par deux, tombant à 70 millions d’euros. Ces résultats s’expliquent notamment par la cession de ses activités dans le papier et par la faible activité industrielle en Europe, conjuguée au ralentissement nord-américain. Malgré ce contexte, le groupe maintient son objectif d’un bénéfice opérationnel ajusté (EBITDA) compris entre 540 et 580 millions d’euros pour l’année. Un pari qui repose en partie sur l’avenir prometteur du lithium français.