Difficile de faire plus brutal: Eramet a dévoilé le 18 février des comptes 2025 qui sonnent comme une alarme générale. Le groupe minier français, plus de 10 000 salariés et des opérations dans seize pays, affiche une perte nette de 477 millions d’euros, quand 2024 se terminait encore sur un bénéfice de 14 millions. Le chiffre d’affaires recule de 7 % à 3,15 milliards d’euros et l’Ebitda s’effondre de 54 % à 372 millions. Autrement dit, la machine à cash s’est enrayée, et sur ce type de métier, quand la météo des matières premières tourne, la facture arrive vite.
Le jour où la mine a tremblé en Bourse
Dans la foulée, l’action a décroché de 23 % à 45 euros, son plus gros plongeon en une séance depuis sept ans, avant de remonter autour de 55 euros: le marché a eu un moment de panique, puis a repris son souffle. Pendant ce temps, la dette nette grimpe de 49 % et flirte avec les 2 milliards d’euros, une épée de Damoclès qui laisse peu de place à l’improvisation. La présidente Christel Bories a résumé l’ambiance d’une phrase, sans fard: « 2025 a été une année très difficile ». Et pour le lecteur qui suit ces dossiers, la cyclicité du nickel et du manganèse n’excuse pas tout: la concurrence sur le nickel, plus agressive, grignote les marges et transforme chaque point de baisse des cours en coup de burin sur la rentabilité.
Maintenant, place au remède, et il a un goût amer: dividende suspendu pour deux ans, cessions d’actifs annoncées, et surtout une augmentation de capital de 500 millions d’euros, soumise au vote lors de l’assemblée générale de mai 2026. L’équation est claire: se recapitaliser pour respirer, tout en traçant une trajectoire de désendettement crédible et en finançant les investissements industriels indispensables. Le tout sous l’œil de deux actionnaires de référence, la famille Duval (37 %) et l’État (27 %), une configuration qui ramène forcément la gouvernance au centre du jeu, pendant que les risques opérationnels et sociaux, eux, restent bien ancrés sur les sites de production. Les prochains mois diront si Eramet parvient à transformer ce choc en pivot stratégique, avec une entreprise plus solide et un cap mieux lisible.