Survie ou chute de Bayrou le 8 septembre? Entrevue a fait les calculs et étudié tous les scénarios (Image : Assemblée nationale)
Survie ou chute de Bayrou le 8 septembre? Entrevue a fait les calculs et étudié tous les scénarios (Image : Assemblée nationale)

Le 8 septembre, François Bayrou joue son maintien à Matignon sur un fil. En s’exposant à un vote de confiance à l’Assemblée nationale, le Premier ministre prend un pari insensé : et si les députés décidaient de l’envoyer à la trappe ? À gauche comme à droite, les « non » s’accumulent déjà. Mais derrière les apparences, les chiffres réservent encore quelques surprises. Entrevue a sorti la calculette : entre 210 soutiens sûrs, 330 adversaires déclarés et une poignée d’élus capables de tout faire basculer, plusieurs scénarios sont possibles. Et si, contre toute attente, Bayrou survivait ?

À deux semaines d’un vote historique à l’Assemblée nationale, le chef du gouvernement François Bayrou s’avance vers une épreuve de vérité dont il pourrait bien ne pas se relever. En recourant à l’article 49.1 de la Constitution, il a choisi d’engager la responsabilité de son gouvernement sur une déclaration de politique générale. Le scrutin se tiendra le 8 septembre et, pour la première fois depuis 1955, il pourrait faire tomber un gouvernement.

L’équation est simple mais brutale : il faut que les voix « pour » soient plus nombreuses que les voix « contre ». Les abstentions ne comptent pas. Or, les positions publiques des groupes parlementaires laissent présager un résultat défavorable à François Bayrou, sauf revirement spectaculaire.

Des refus clairs à gauche et à droite

Certains scénarios sont déjà verrouillés. La France insoumise a fait savoir qu’elle voterait contre, voyant dans ce rendez-vous une « première victoire » de sa stratégie d’opposition frontale. Le Parti communiste et les écologistes, par la voix de Fabien Roussel et Marine Tondelier, se sont également engagés à voter contre. Du côté du Rassemblement national, Jordan Bardella et Marine Le Pen ont annoncé qu’ils ne donneraient jamais la confiance à Bayrou, tout en réclamant une dissolution immédiate. L’UDR d’Éric Ciotti a confirmé la même position.

À ce stade, environ 330 députés (RN, UDR, LFI, PS, communistes et écologistes) se dirigent donc vers un vote hostile. Face à eux, le bloc central de la majorité présidentielle et de ses alliés (Ensemble, MoDem, Horizons et LR) ne pèse que 210 voix. L’écart est abyssal.

Le rôle clé du Parti socialiste

Le Parti socialiste est la première variable d’ajustement. Le Premier secrétaire Olivier Faure juge « inimaginable » d’accorder la confiance, et Boris Vallaud, le chef des députés socialistes a confirmé que le PS voterait contre. Mais imaginons que le PS, fort de 66 élus, choisisse finalement de s’abstenir. Dans ce cas, le camp du « non » tomberait à 264, contre 210 pour Bayrou. L’écart resterait de 54 voix : le gouvernement chuterait encore.

Plus improbable encore, si une partie seulement du PS décidait de ne pas participer au vote, Bayrou n’aurait de chance que si plus de la moitié du groupe se désolidarisait de la ligne officielle. Autrement dit, il faudrait qu’au moins 30 députés socialistes s’abstiennent ou fassent défaut pour ramener les « contre » sous la barre des 210. Un scénario politiquement très peu crédible, tant le PS a verrouillé sa communication contre le Premier ministre.

Et si les écologistes ou le RN changeaient de cap ?

Autre hypothèse théorique : si les 38 députés écologistes s’abstenaient (peu probable) au lieu de voter contre, le total des opposants tomberait à 226. Bayrou aurait alors besoin de renforts pour franchir la barre. Si l’intégralité des 23 du groupe LIOT (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires) le soutenait, il pourrait atteindre 233 voix, soit une majorité très étroite mais suffisante.

Quant au Rassemblement national, qui dispose de 123 voix, son vote contre est acquis. Un basculement en faveur de Bayrou est inimaginable. La seule hypothèse réaliste serait une abstention partielle en cas de calcul stratégique. Mais là encore, rien dans les déclarations de Marine Le Pen ne laisse penser à une telle manœuvre.

Le groupe Liot, composé de 23 députés aux sensibilités diverses, est réputé pour sa liberté de vote. Dans un scénario où le PS et les écologistes s’abstiendraient, le soutien de LIOT deviendrait décisif pour sauver Bayrou. Mais s’il persiste à se diviser, son poids s’amenuise : quelques voix dispersées ne suffiraient pas à inverser le rapport de force. Les 11 non-inscrits se trouvent dans une situation comparable : utiles uniquement si la gauche décidait de lever son veto.

Une épée de Damoclès

En l’état actuel des positions, François Bayrou semble condamné. Seule une combinaison hautement improbable, PS et écologistes s’abstenant, Liot votant en bloc pour, et une partie de l’opposition se dispersant, pourrait lui permettre de franchir la barre fatidique.

À défaut, le 8 septembre s’annonce comme le jour de sa chute. Ce serait une première sous la Ve République : un gouvernement renversé non pas par une motion de censure, mais par un simple vote de confiance. Un désaveu cinglant, qui ouvrirait la voie soit à la nomination d’un nouveau Premier ministre, soit à une dissolution réclamée à cor et à cri par le RN.

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