Présidentielle au Chili - une élection sous tension marquée par l’insécurité et l’immigration (AP)
Présidentielle au Chili - une élection sous tension marquée par l’insécurité et l’immigration (AP)

Les Chiliens voteront dimanche pour élire leur prochain président lors d’un scrutin décisif dominé par les thèmes de la criminalité et de l’immigration, au moment où le pays connaît une forte inquiétude sécuritaire. Ce sera la première élection présidentielle depuis 2012 où le vote sera obligatoire, exposant les abstentionnistes à une amende et introduisant une nouvelle dose d’incertitude dans une élection marquée par une forte proportion d’électeurs indécis.

Avec huit candidats en lice et aucun en mesure d’atteindre la majorité requise dès le premier tour, un second tour prévu le 14 décembre paraît presque inévitable. Les sondages montrent que la coalition de gauche au pouvoir et plusieurs figures de droite sont au coude-à-coude, reflétant un pays profondément divisé après des années de turbulences politiques.

En tête des intentions de vote, Jeannette Jara, 51 ans, candidate du gouvernement et membre du Parti communiste, est presque assurée de se qualifier pour le second tour. Ancienne ministre du Travail, elle promet d’augmenter le salaire minimum, d’élargir les droits des travailleurs et de dynamiser l’industrie du lithium, tout en mettant l’accent sur la sécurité avec la construction de nouvelles prisons et la modernisation de la police. Mais elle souffre de l’impopularité du président sortant Gabriel Boric et des réticences persistantes envers le Parti communiste.

Face à elle, la droite se présente en ordre dispersé mais puissante. José Antonio Kast, 59 ans, figure de l’extrême droite et fondateur du Parti républicain, revient pour une troisième tentative après sa défaite face à Boric en 2021. Il mise sur une ligne dure en matière d’immigration et de sécurité, promettant des expulsions massives de migrants sans papiers et la construction de prisons ultra-sécurisées. Son héritage familial — un père ancien officier nazi et un frère ministre sous Pinochet — a déjà nui à sa candidature, mais Kast demeure l’un des favoris du second tour.

Johannes Kaiser, 49 ans, ex-membre du parti de Kast devenu chef du nouveau Parti national libertarien, défend une rupture radicale : fermeture de la frontière bolivienne, expulsions ciblées vers le Salvador, réduction drastique de la taille de l’État, retrait de l’Accord de Paris et de la Cour européenne des droits de l’homme. Un programme percutant qui séduit une partie de l’électorat conservateur frustré.

À droite également, Evelyn Matthei, 72 ans, figure modérée et ancienne ministre du Travail, avait démarré la campagne en tête avant de perdre du terrain. Candidate malheureuse en 2013 face à Michelle Bachelet, elle reste une option crédible pour rassembler le centre droit, même si sa dynamique s’est affaiblie ces dernières semaines.

Au-delà de la présidentielle, le scrutin aura un impact majeur sur la composition du Parlement. Avec les 155 sièges de la Chambre des députés et 23 des 50 sièges du Sénat en jeu, les équilibres pourraient changer radicalement. Une victoire de la droite à la présidence et dans les deux chambres constituerait une première depuis la fin de la dictature de Pinochet en 1990. Une majorité des quatre septièmes lui permettrait même de modifier la Constitution sans passer par un processus constituant.

Le secteur minier, pilier de l’économie chilienne — premier producteur mondial de cuivre et deuxième de lithium — occupe également une place centrale dans la campagne. Jara promet de renforcer le rôle du géant public Codelco dans le lithium, tandis que Kast veut auditer l’entreprise. Les entreprises minières, elles, réclament une simplification des procédures environnementales pour accélérer l’expansion de leurs projets.

Avec une criminalité en hausse de plus de 36 % en dix ans, selon les données officielles, les électeurs chiliens se préparent à un vote crucial dans un paysage politique polarisé, où sécurité, migration et modèles économiques s’opposent plus que jamais.

Que retenir rapidement ?

Les Chiliens voteront dimanche pour élire leur prochain président lors d’un scrutin décisif dominé par les thèmes de la criminalité et de l’immigration, au

Partager