À une semaine du second tour de l’élection présidentielle polonaise, Varsovie a été le théâtre de deux démonstrations de force massives et rivales. Des dizaines de milliers de personnes ont envahi les rues de la capitale dimanche pour soutenir les deux candidats encore en lice : le maire libéral Rafal Trzaskowski, soutenu par le Premier ministre Donald Tusk, et le nationaliste Karol Nawrocki, partisan d’un alignement étroit avec la politique de Donald Trump.
Cette élection, considérée comme cruciale par le gouvernement, s’inscrit dans le cadre d’un affrontement plus large entre deux visions diamétralement opposées de la Pologne : l’une, pro-européenne et réformiste ; l’autre, souverainiste, conservatrice et profondément méfiante vis-à-vis de Bruxelles.
Rafal Trzaskowski, arrivé en tête au premier tour du 18 mai avec deux points d’avance, a rassemblé environ 140 000 personnes selon les estimations préliminaires. Aux côtés de Donald Tusk, il a prononcé un discours empreint de gravité : « Toute la Pologne nous regarde. Toute l’Europe nous regarde. Le monde entier nous regarde », a-t-il déclaré devant une foule agitée de drapeaux polonais et européens.
Depuis son retour au pouvoir en 2023 à la tête d’une large coalition pro-européenne, Tusk tente de démanteler les réformes controversées de l’ancien gouvernement Droit et Justice, accusées d’avoir affaibli la démocratie, restreint les droits des femmes et marginalisé les minorités. Mais face à lui, Karol Nawrocki incarne une droite dure qui veut revenir sur ces réformes et s’inspirer du modèle trumpiste.
Sur l’autre rive de la ville, environ 50 000 partisans de Nawrocki se sont rassemblés, brandissant des pancartes « Stop au pacte migratoire » et des portraits de Donald Trump. « Je suis la voix de ceux dont les cris n’atteignent pas Donald Tusk », a clamé Nawrocki. « Je défends notre agriculture, nos enfants et notre liberté. » Ses sympathisants voient en lui « le candidat le plus patriote », capable de préserver « l’indépendance et la souveraineté de la Pologne ».
Le président nouvellement élu de la Roumanie, Nicușor Dan, a assisté à la marche pro-Trzaskowski, soulignant l’importance d’une alliance régionale pour une Europe forte et unie. Sa propre victoire surprise face à un extrémiste soutenu par Trump a été saluée comme un soulagement à Bruxelles, où la montée des nationalismes continue d’inquiéter.
Dans la foule pro-européenne, Jakub Kaszycki, 21 ans, résume l’enjeu : « Je soutiens l’Europe, pas la Russie. Ce vote va décider de la direction que prendra notre pays. » Une opinion partagée par nombre de manifestants, qui affichaient des pancartes contrastant « DemOKracja », la démocratie occidentale incarnée par Trzaskowski, avec « Demonkraci », une caricature du camp adverse assimilée à une dérive autoritaire.
Ce second tour s’annonce extrêmement serré, et hautement symbolique. Il opposera deux visions du rôle de la Pologne en Europe, dans un contexte international instable, où la guerre en Ukraine, la pression migratoire et les divisions transatlantiques pèsent lourdement sur les choix électoraux. La Pologne pourrait bien, une fois de plus, devenir un miroir des fractures européennes.