En Dordogne, le maire d’Augignac menacé de suspension après des propos antisémites
En Dordogne, le maire d’Augignac menacé de suspension après des propos antisémites

Une affaire sensible secoue une petite commune de Dordogne et remonte désormais jusqu’au sommet de l’État. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, envisage de suspendre, voire de révoquer, le maire socialiste d’Augignac, à la suite de propos jugés antisémites tenus publiquement sur les réseaux sociaux. Une procédure administrative lourde est en cours, doublée d’une enquête judiciaire, dans un contexte politique déjà tendu à l’approche des élections municipales de 2026. Les faits remontent au début du mois de décembre. Sous une publication Facebook du journal Libération évoquant le boycott de l’Eurovision par les Pays-Bas en raison de la participation d’Israël, le maire Bernard Bazinet a publié un commentaire contenant une expression à caractère antisémite. Ce message, rapidement signalé, a suscité une vive réaction des autorités. Le ministère de l’Intérieur a fait savoir que ces propos étaient fermement condamnés et considérés comme incompatibles avec l’exercice d’un mandat municipal, estimant que l’élu ne disposait plus de l’autorité morale requise pour ses fonctions. Dans la foulée, le ministre a demandé à la préfète de la Dordogne d’engager une procédure formelle. Le maire doit être entendu afin de mesurer la gravité des faits et de recueillir ses explications. Une rencontre est prévue à la sous-préfecture de Nontron, étape préalable à d’éventuelles sanctions administratives.

Une sanction administrative rare mais juridiquement encadrée

Le ministère de l’Intérieur n’exclut aucune option. Les sanctions envisagées vont d’une suspension temporaire, prononcée par arrêté ministériel, à une révocation pure et simple, décision bien plus exceptionnelle relevant du Conseil des ministres. La suspension, si elle était retenue, pourrait durer jusqu’à un mois. La révocation, quant à elle, entraînerait automatiquement une inéligibilité d’un an, interdisant à l’élu de se présenter aux municipales de 2026, scrutin qu’il envisageait jusqu’alors de briguer. Depuis l’instauration de la Ve République, seules six révocations de maires ont été prononcées, ce qui souligne le caractère exceptionnel d’une telle mesure. Le cadre juridique est strictement défini par le code des collectivités territoriales, qui impose que l’élu concerné soit entendu ou invité à fournir des explications écrites avant toute décision. La révocation ne peut intervenir que par décret motivé, pris collectivement par le gouvernement.

Une procédure judiciaire et une exclusion politique

Parallèlement à la procédure administrative, le volet judiciaire progresse. Le parquet de Périgueux a ouvert une enquête pour injure publique à caractère raciste, à la suite d’un signalement effectué par la préfète. Bernard Bazinet sera convoqué en janvier devant un délégué du procureur. Cette procédure devrait se conclure par une sanction financière, une amende de 500 euros étant évoquée à ce stade. Sur le plan politique, les conséquences ont été rapides. Le Parti socialiste a annoncé l’exclusion du maire, estimant que ses propos franchissaient une ligne incompatible avec les valeurs défendues par la formation. L’élu a exprimé des regrets, indiquant que ses mots avaient dépassé sa pensée, sans pour autant apaiser la controverse. Cette affaire met en lumière la vigilance accrue des autorités face aux propos discriminatoires tenus par des élus, en particulier lorsqu’ils s’expriment publiquement. Elle illustre aussi la fragilité politique d’un mandat local confronté à une crise de cette nature, où se croisent responsabilité morale, sanctions juridiques et enjeux électoraux. Pour la commune d’Augignac, l’épisode ouvre une période d’incertitude institutionnelle, dont l’issue dépendra désormais des décisions de l’État et de la justice.

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