Le Premier ministre roumain, Marcel Ciolacu, a annoncé sa démission lundi, au lendemain de l’échec cuisant de son candidat lors du premier tour de la présidentielle. Crin Antonescu, soutenu par la coalition gouvernementale, n’est pas parvenu à se qualifier pour le second tour, laissant la voie libre au nationaliste d’extrême droite George Simion et au réformateur pro-européen Nicusor Dan.
« Plutôt que d’attendre que le futur président me remplace, j’ai décidé de démissionner moi-même », a déclaré Ciolacu à la presse, après une réunion au siège de son parti, le Parti social-démocrate (PSD). Cette décision intervient alors que le scrutin présidentiel, déjà entaché par l’annulation d’un précédent vote en raison d’allégations de fraudes et d’ingérences russes — niées par Moscou —, a ravivé une profonde crise politique dans ce pays membre de l’Union européenne et de l’OTAN.
Le revers électoral de dimanche sonne comme un désaveu pour la grande coalition formée en décembre dernier entre le PSD, le Parti national libéral (PNL), l’Union démocratique magyare de Roumanie (UDMR) et des représentants des minorités nationales. Cette alliance avait été créée dans l’objectif de remporter l’élection présidentielle avec un candidat commun. L’échec d’Antonescu, arrivé troisième, remet désormais en cause la légitimité et la viabilité de cette coalition. « Elle a perdu toute crédibilité », a reconnu Ciolacu.
Dans un contexte de forte défiance à l’égard des partis traditionnels, alimentée par l’inflation, un déficit budgétaire important et une croissance économique en berne, l’électorat roumain semble se tourner vers des alternatives radicales. George Simion, 38 ans, dirigeant de l’Alliance pour l’unité des Roumains (AUR), a largement devancé ses concurrents au premier tour. Il affrontera au second tour Nicusor Dan, 55 ans, maire de Bucarest et fondateur du parti réformiste Save Romania Union, qui a basé sa campagne sur des valeurs pro-européennes et la lutte contre la corruption.
Marcel Ciolacu a précisé que le PSD ne donnerait pas de consigne de vote pour le second tour prévu le 18 mai. « Chaque électeur social-démocrate votera selon sa conscience », a-t-il affirmé. En attendant, un Premier ministre intérimaire devrait être nommé mardi par le président par intérim Ilie Bolojan, en puisant dans les membres actuels du gouvernement.
Il s’agit de la deuxième fois depuis la chute du communisme que le PSD ne parvient pas à faire figurer un candidat au second tour de l’élection présidentielle. Pour certains observateurs, la démission de Ciolacu pourrait être une manœuvre stratégique visant à redonner au parti une marge de négociation dans la recomposition politique qui suivra le scrutin. Le consultant politique Cristian Andrei estime que ce départ pourrait aussi « désamorcer une partie de l’hostilité envers la coalition » à l’approche du second tour, même s’il prévient que de nouvelles tractations gouvernementales risquent d’accentuer le sentiment que les anciens partis cherchent désespérément à préserver leur emprise sur le pouvoir.