Bolivie : le MAS d’Evo Morales perd le soutien des Aymaras à l’approche des élections
Bolivie : le MAS d’Evo Morales perd le soutien des Aymaras à l’approche des élections

LA PAZ – À dix jours des élections générales prévues le 17 août, le parti socialiste bolivien Mouvement vers le socialisme (MAS), fondé par l’ancien président Evo Morales, fait face à une érosion spectaculaire de son soutien parmi les peuples autochtones aymaras, autrefois au cœur de sa base électorale.

L’ascension politique des Aymaras a représenté l’un des plus profonds bouleversements de la vie politique bolivienne au cours des dernières décennies, incarnée notamment par l’élection d’Evo Morales en 2006, premier président indigène du pays. Mais aujourd’hui, la crise économique aiguë que traverse la Bolivie semble avoir relégué les promesses identitaires au second plan, au profit de préoccupations plus immédiates.

Dans les centres urbains comme La Paz et El Alto, les jeunes électeurs issus des communautés aymara et quechua se détournent du MAS, critiquant son incapacité à répondre aux défis économiques du moment. « La plupart des peuples autochtones doivent se demander comment gagner de l’argent », explique Sayuri Loza, influenceuse aymara sur les réseaux sociaux et fille de Remedios Loza, figure historique du combat autochtone en Bolivie.

La Bolivie connaît actuellement l’une des pires crises économiques depuis des décennies, marquée par la chute des exportations, l’inflation, et une pénurie de devises étrangères. Face à ces difficultés, de nombreux électeurs, notamment dans les classes populaires, ne croient plus que le MAS soit capable de leur offrir des perspectives de sortie de crise.

Ce désenchantement touche particulièrement les jeunes, pour qui les thèmes d’autonomie indigène ou de fierté identitaire ne suffisent plus à masquer les difficultés du quotidien. « Les gens ne veulent plus entendre parler de symboles, ils veulent du concret : du travail, de la stabilité, un avenir », affirme un responsable communautaire de la banlieue d’El Alto.

Pour le MAS, cette perte de confiance constitue un coup dur à quelques jours d’un scrutin qui s’annonce décisif. Si le parti conserve un ancrage important dans les zones rurales, la désaffection des populations urbaines indigènes pourrait faire basculer l’élection, au profit d’une opposition plus centrée sur les enjeux économiques que sur l’idéologie.

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