Le constat est implacable : les Français ne décrochent pas de la solidarité, mais ils resserrent la vis. Selon le 6ᵉ Baromètre Ipsos–Apprentis d’Auteuil, 52 % d’entre nous ont donné en 2024 – un point de mieux que l’an passé – pourtant la moyenne tombe à 364 €, niveau 2022, preuve qu’on glisse des billets plus fins dans l’enveloppe. Chez les hauts revenus c’est carrément la cure d’amaigrissement : –13 %, à 2 322 € par foyer fortuné. Dans le même temps, l’inquiétude bat des records : 88 % redoutent la chute de leur pouvoir d’achat, 87 % la dette publique galopante, 82 % un futur coup de massue fiscal. Difficile alors de sortir le chéquier sans regarder devant soi. Les causes restent les mêmes – santé-recherche (44 %), aide aux plus démunis (32 %), défense animale (26 %), jeunesse-éducation (24 %) – mais chaque catégorie serre les cordons : même les donateurs « premium » rognent, et les associations voient fondre une manne qui couvrait déjà à peine les urgences du terrain.
Générosité, un luxe sous perfusion fiscale
Les ménages pèsent le moindre centime : seuils de TVA abaissés pour les indépendants, abattement de 10 % menacé pour certains retraités, inflation qui mord la facture d’énergie… Résultat : le don prend des airs de produit de luxe, optionnel quand on doit boucler la fin de mois. Paradoxalement, les Français se disent mieux informés qu’hier sur les avantages fiscaux liés à la charité ; mais ce crédit d’impôt ressemble à un coupon de caisse qu’on hésite à découper si le budget quotidien vacille. Dans ce contexte, Stéphane Dauge (Apprentis d’Auteuil) tire la sonnette : besoins explosifs chez les jeunes, financements publics en étau, et une générosité privée qui tousse.
La solidarité en apnée, mais pas encore noyée
Reste un sursaut d’espoir : 84 % des ménages aisés donnent toujours – record sur cinq ans – signe que la philanthropie n’a pas déserté les grandes fortunes. Et le baromètre révèle un attachement viscéral au sort des jeunes (88 % d’inquiétude) et des plus précaires (86 %), avant même sa propre situation (64 %). La générosité française n’a donc pas disparu, elle temporise, elle calcule, elle attend un horizon économique dégagé pour relâcher la bride. En clair : la main n’a pas lâché la bourse, mais le doigt reste crispé sur le fermoir en attendant de meilleurs auspices.