ABIDJAN – Alors que l’Afrique fait face à une conjoncture mondiale marquée par la raréfaction des financements concessionnels, la réduction des aides publiques au développement et une flambée des coûts d’emprunt, la Banque africaine de développement (BAD) s’apprête à élire son prochain président. Cinq candidats sont en lice pour succéder à Akinwumi Adesina, lors de l’assemblée annuelle de l’institution qui se tiendra ce jeudi à Abidjan, en Côte d’Ivoire.
Forte d’un capital de 318 milliards de dollars, la BAD est aujourd’hui un acteur stratégique incontournable dans le financement des infrastructures, de l’énergie et de la transformation économique du continent. Les profils des prétendants reflètent l’urgence de réformes structurelles et l’ambition de recentrer la mission de la banque autour de la souveraineté financière africaine.
Parmi les favoris figure Swazi Tshabalala Bajabulile, ancienne vice-présidente principale de la BAD et unique femme candidate. Forte de 30 ans de carrière dans la finance, la Sud-Africaine entend réorganiser l’institution pour donner plus de poids aux projets d’infrastructure, pierre angulaire selon elle de l’autonomisation économique de l’Afrique. Elle propose de développer des instruments financiers innovants, notamment dans le sillage du capital hybride récemment exploré par la banque.
Amadou Hott, ancien ministre sénégalais de l’Économie et banquier aguerri, axe son programme sur la mobilisation des ressources internes. Il plaide pour une hausse des recettes fiscales – actuellement bien inférieures aux moyennes mondiales – afin d’améliorer les notations de crédit et de stimuler l’investissement privé local. Pour Hott, le véritable frein reste le manque de projets bien structurés, capables de rassurer les investisseurs.
De son côté, Samuel Munzele Maimbo, Zambien et vice-président de la Banque mondiale en congé pour la campagne, mise sur l’intégration économique régionale. Il souhaite renforcer le commerce intra-africain, qui ne représente actuellement que 15 % des échanges. Il propose une approche continentale pour améliorer la collecte de recettes, la gestion de la dette et la coordination réglementaire.
Sidi Ould Tah, directeur de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique, met en avant sa décennie d’expérience multilatérale. L’ancien ministre mauritanien propose de s’attaquer au poids de l’informel et d’exploiter le potentiel démographique du continent. Il envisage de décupler l’impact de chaque dollar investi en mobilisant les ressources du secteur privé et des partenaires multilatéraux.
Enfin, Abbas Mahamat Tolli, ancien gouverneur de la banque centrale d’Afrique centrale et ex-ministre tchadien des Finances, insiste sur la rigueur budgétaire et la lutte contre les fuites de capitaux. Pour lui, l’autonomie africaine passe par une refonte complète du modèle opérationnel de la BAD, incluant la digitalisation des flux financiers et le développement de l’agriculture locale.
Cette élection intervient à un moment charnière pour le continent, confronté à des défis colossaux en matière de croissance durable, de transition énergétique et de justice sociale. Le choix du futur président déterminera non seulement la direction stratégique de la BAD, mais aussi, dans une large mesure, la capacité de l’Afrique à prendre en main son destin économique.