Le tribunal correctionnel de Nîmes a examiné, ce vendredi 7 mars, l’affaire concernant la destruction de 520 œufs de flamants roses pendant le tournage du film Donne-moi des ailes de Nicolas Vanier en 2018. La société de production Radar Films est poursuivie pour atteinte à la conservation d’une espèce protégée, après que des ULM ont provoqué la panique dans une colonie de flamants en pleine nidification en Camargue. Une amende de 80 000 à 100 000 euros a été requise contre la production, tandis que le réalisateur et son équipe ont bénéficié d’un non-lieu.
L’incident s’est produit les 6 et 7 juin 2018, en plein cœur de la zone Natura 2000 des Salins du Midi. Deux ULM, utilisés pour filmer des scènes aériennes du film, ont survolé à basse altitude une colonie de 8 000 flamants roses, entraînant l’abandon et la destruction de nombreux œufs. Selon France Nature Environnement (FNE), qui avait porté plainte, cela représente près de 11 % de la reproduction annuelle de l’espèce en France. Si le tournage avait été autorisé, les conditions météorologiques et la période choisie ont rendu l’intervention particulièrement risquée pour la faune locale.
Lors du procès, le procureur a dénoncé un “défaut d’organisation” et une “méconnaissance des enjeux environnementaux” de la part de Radar Films, soulignant que l’équipe avait été prévenue des risques par plusieurs organismes avant le tournage. Matthieu Warter, dirigeant de Radar Films, s’est défendu en rejetant la faute sur l’un des pilotes d’ULM, estimant que ce dernier avait agi de son propre chef en s’approchant trop près des oiseaux. Les parties civiles, dont l’ASPAS et sept autres ONG, réclament plus de 400 000 euros de dommages et intérêts pour préjudice moral et environnemental.
Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 11 avril. Cette affaire, impliquant une production censée promouvoir la préservation de la nature, met en lumière la responsabilité du cinéma face aux enjeux écologiques et soulève des questions sur les précautions à prendre pour éviter que la mise en scène ne nuise à la réalité qu’elle cherche à défendre.