Le prix Wepler-Fondation La Poste a été attribué ce lundi 10 novembre 2025 à l’écrivain Bernard Bourrit pour Détruire tout, un premier roman radical et habité publié chez Inculte/Actes Sud. Cette œuvre percutante, centrée sur un féminicide commis dans la Suisse des années 1960, s’inscrit dans la tradition du prix, qui distingue depuis plus de 25 ans des textes littéraires audacieux et inclassables. Une mention spéciale du jury a par ailleurs été décernée à Hélène Laurain pour Tambora, un récit intime et poétique publié chez Verdier.
Un palmarès 2025 marqué par l’engagement littéraire
Auteur jusqu’ici connu pour ses essais sur l’art brut ou les reliques, Bernard Bourrit, 48 ans, signe avec Détruire tout un premier roman à la fois glaçant et profondément humain. Il y retrace les circonstances ayant conduit Alain, jeune homme tourmenté, à tuer Carmen, sa compagne, dans la Suisse des années 1960. Le texte, qualifié d’« immersion dans l’air du temps » par son éditeur, s’empare de la fiction pour interroger la mécanique de la violence masculine et ses racines sociales et psychiques. Le jury du prix a salué une « prise de risque romanesque » et un « style exigeant », selon le communiqué officiel.
Comme chaque année, le prix Wepler a été remis à la brasserie éponyme, dans le 18e arrondissement de Paris, en présence de Marie-Rose Guarniéri, fondatrice du prix et de la librairie des Abbesses. Doté de 10 000 euros et soutenu par la Fondation La Poste, le prix s’appuie sur un jury renouvelé à chaque édition, composé de libraires, journalistes, lecteurs et lectrices, y compris une détenue et une postière. Ce principe garantit, selon ses initiateurs, une liberté et une fraîcheur d’appréciation rare dans le paysage des prix littéraires.
Une mention spéciale pour Hélène Laurain et son récit sensoriel
Le jury a également distingué Tambora d’Hélène Laurain, publié chez Verdier, en lui attribuant sa mention spéciale dotée de 3 000 euros. Ce récit, écrit à la première personne par une mère s’adressant à ses deux filles – l’une présente, l’autre encore à naître – traverse un monde aux contours bouleversés par les confinements et l’effondrement écologique. Alternant prose, réflexion et fragments poétiques, Laurain compose une partition sensible sur la maternité, le deuil et les anxiétés contemporaines.
Avec cette édition 2025, le Prix Wepler poursuit son cap : offrir un espace à des voix singulières, sans céder aux logiques dominantes de la rentrée littéraire. En récompensant deux textes aussi différents qu’ambitieux, le jury confirme son attachement à une littérature du risque, libre et profondément ancrée dans les préoccupations de son temps.