“Préparer toutes les hypothèses” : Gaëtan Bruel défend le modèle français du cinéma face aux menaces extérieures
NEW YORK, NEW YORK - OCTOBER 10: Gaetan Bruel speaks during a discussion between Annie Ernaux, winner of the 2022 Nobel Prize for Literature, and author Kate Zambreno at Albertine Books on October 10, 2022 in New York City. Eugene Gologursky/Getty Images for Albertine Books/AFP (Photo by Eugene Gologursky / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP)

À peine nommé président du CNC, Gaëtan Bruel a défendu devant le Sénat un système cinématographique européen qu’il estime “menacé”, notamment par une pression croissante venue des États-Unis.

Le cinéma européen face à la pression de l’administration Trump

Face aux sénateurs de la commission de la Culture, Gaëtan Bruel a alerté sur le contexte international instable qui entoure l’avenir du modèle audiovisuel européen. Selon lui, des voix outre-Atlantique qualifient désormais ce modèle de “déloyal”, une allusion à peine voilée à la volonté supposée de l’administration Trump de relocaliser la production américaine et de freiner les investissements étrangers en Europe. Le président du CNC affirme que son institution doit “se préparer à toute hypothèse”, y compris celle d’un bras de fer commercial et culturel.

En réponse, il appelle à renforcer une “Europe du cinéma”, tout en élargissant les partenariats vers l’Asie. Il s’appuie également sur la solidité actuelle du modèle français, qui repose sur un parc de salles dense, une chronologie des médias stricte et un financement mutualisé des œuvres, via les chaînes, les plateformes et les entrées en salles. « Ce modèle profite aussi aux productions américaines, qui dominent notre marché », a-t-il souligné, rappelant que Disney a récemment accru ses engagements en France.

Cinq ruptures à affronter

Mais au-delà du contexte international, Gaëtan Bruel a identifié cinq mutations profondes que le CNC doit affronter : la bascule vers une consommation individuelle via les réseaux sociaux, les bouleversements liés à l’IA générative, l’exigence d’exemplarité face aux violences sexistes, les inégalités territoriales dans l’accès à la culture, et enfin, cette pression géopolitique américaine.

Il a aussi évoqué des ajustements possibles du décret Smad, qui impose aux plateformes de contribuer à la création française et européenne, tout en soulignant le manque de transparence sur leurs chiffres d’affaires. Quant à l’avenir de l’exploitation, il entend poursuivre l’adaptation du soutien aux cinémas, notamment face à la concentration des sorties et la concurrence croissante entre salles.

Sur le plan budgétaire, alors que le CNC est mis à contribution à hauteur de 500 millions d’euros pour le PLF 2025, Gaëtan Bruel a mis en garde contre une ponction chronique qui mettrait en péril l’équilibre d’un système basé sur une surfiscalité sectorielle. Une alerte qui vise à préserver “l’acceptabilité du modèle par ceux qui le financent”.

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