Park Chan-wook revient avec un thriller social au meurtre “nécessaire”
Park Chan-wook revient avec un thriller social au meurtre “nécessaire”

Trois ans après Decision to Leave, Park Chan-wook signe Avec Aucun autre choix une comédie noire qui ressemble à un piège à plusieurs étages : d’abord le tableau d’un bonheur domestique parfaitement réglé, puis la chute brutale d’un homme que le chômage pousse à franchir une ligne irréversible. Le film, attendu en salles le 11 février, s’appuie sur un postulat aussi simple que glaçant : quand la compétition devient la règle, certains finissent par croire qu’ils n’ont littéralement “pas d’autre choix”.

Un roman noir transposé en Corée du Sud

Le point de départ vient du Couperet, roman de Donald E. Westlake publié en 1997 et déjà adapté au cinéma par Costa-Gavras en 2005. Park Chan-wook en déplace le curseur vers la Corée du Sud : Yoo Man-soo, cadre d’une usine de papier, est licencié du jour au lendemain après des décennies de loyaux services. Tout ce qui faisait office de garantie — maison, statut, confort, avenir des enfants — se fissure, et sa recherche d’emploi s’enlise. C’est là que son plan surgit : fabriquer une fausse offre pour attirer les candidats “trop bons”, puis les éliminer un à un afin de redevenir le profil le plus compétitif.

Humour noir, esthétique virtuose et bascule morale

Park Chan-wook revendique une approche plus comique que le matériau d’origine : il pousse la maladresse et l’amateurisme de son personnage pour faire ressortir “l’absurdité tragique” de sa logique. Le film joue alors sur un contraste constant : d’un côté, la trivialité laborieuse du passage à l’acte, loin des meurtres “propres” du cinéma ; de l’autre, une mise en scène millimétrée, hitchcockienne, qui transforme l’ordinaire en cauchemar stylisé. Porté par Lee Byung-hun, Yoo Man-soo devient un anti-héros en miroir de ses victimes — des hommes aussi précaires que lui — et la satire s’élargit : déclassement, pression sociale, culpabilité, fragilité du couple et violence d’un système où les perdants s’entre-dévorent pendant que les gagnants restent hors champ.

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