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Avec son tout premier roman graphique, Nicolas Badout relève un défi ambitieux : adapter L’Enfer, œuvre mythique et inachevée du réalisateur Henri-Georges Clouzot. Ce projet maudit, tourné en 1964 avec Romy Schneider et Serge Reggiani, n’avait jamais vu le jour, victime d’un tournage chaotique et des problèmes de santé de son créateur. Aujourd’hui, à partir des documents d’archives et des intentions visuelles originales, l’auteur lyonnais de 33 ans offre une version dessinée à la fois fidèle et personnelle, comme si le film avait enfin pu aboutir.

Dans cette adaptation intense, Badout suit scrupuleusement le scénario prévu : un jeune couple gérant un hôtel dans le Cantal, dont la tranquillité vole en éclats lorsque le mari, rongé par la jalousie, sombre dans une spirale de paranoïa. Le roman graphique joue habilement des contrastes entre noir et blanc et couleurs psychédéliques pour représenter la frontière floue entre réalité et délire. En multipliant les expérimentations visuelles, l’album capte l’esprit du projet d’origine, pensé à l’époque comme une œuvre cinétique avant-gardiste.

Le résultat est aussi sombre que fascinant. À travers ce récit de jalousie maladive et de violence psychique, L’Enfer trouve un écho contemporain, notamment sur les dynamiques de contrôle et d’obsession dans les relations de couple. Si certains visages sont moins maîtrisés que d’autres, le style de Badout, entre tension graphique et poésie visuelle, fait de cette œuvre un hommage fort au cinéma de Clouzot et un roman graphique marquant.

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