Le spectacle avait des allures d’opéra. Sur la scène, deux commissaires-priseurs se succèdent comme des solistes en plein crescendo. La salle, elle, frémit au rythme des coups de marteau. Ce mercredi soir, chez Sotheby’s à Paris, la vente aux enchères de la collection napoléonienne de Pierre-Jean Chalençon s’est transformée en triomphe financier et théâtral. Résultat final : 8,7 millions d’euros récoltés, soit bien au-delà des 7 millions estimés. Un coup de maître pour un homme au bord du gouffre. Le collectionneur aux vestes flamboyantes, ex-visage de l’émission « Affaire conclue » sur France 2, n’avait pourtant plus grand-chose de flamboyant ces derniers mois. Menacé de faillite, criblé de dettes à hauteur de 9 millions, et risquant de perdre son emblématique Palais Vivienne, il jouait sa dernière carte. Celle de l’Empire. Et c’est Napoléon qui l’a sorti de l’abîme, objet par objet, relique par relique, manche de veste comprise.
Une mise en scène aussi millimétrée que la stratégie d’un général
Pendant quatre heures et demie, la maison Sotheby’s a déroulé une vente aussi haletante qu’un champ de bataille. Jean-Charles de Castelbajac en maître de décor, deux commissaires-priseurs en rotation comme des joueurs en prolongation, et une salle survoltée. L’un d’eux, Olivier Valmier, résume l’ambiance en une réplique théâtrale : « Ce n’est pas moi qui vous le demande, Madame, c’est l’empereur ». Tout y passe, même un fragment de cercueil en acajou parti pour 38 000 euros. Dans cette ambiance de fièvre et de passion, 50 % des lots dépasseront leurs estimations hautes. Parmi les pièces stars, le codicille du premier testament rédigé à Sainte-Hélène s’arrache à 380 000 euros, soit plus du double de son estimation. Un trône impérial flirte avec les sommets à 406 000 euros, un bicorne atteint 355 000. Une toile de Mauzaisse représentant Bonaparte franchissant les Alpes décroche la palme à 863 000 euros. Même les objets plus discrets trouvent preneurs : un dessin évoquant une toile d’araignée part pour quelques milliers d’euros. Un aigle impérial dépasse quant à lui les 100 000. Rien ne résiste à la frénésie napoléonienne.
Chalençon est sauvé, son Palais Vivienne aussi
Au marteau, on harangue la salle et les enchérisseurs en ligne : « Enchérissez avec votre cœur, avec passion, donnez-moi 200 000 euros », lance-t-on, entre deux envolées lyriques. L’effet est immédiat : les mises s’emballent, les applaudissements fusent. Le show est total. On suit la vente sur le site officiel de Sotheby’s comme un match de boxe historique. Et Chalençon, dans tout ça ? L’ancien expert médiatique, évincé du service public pour ses fréquentations sulfureuses, jouait sa survie. Le Palais Vivienne n’était plus qu’un décor en sursis. Grâce à cette vente, il peut espérer éviter la liquidation et conserver, au moins partiellement, ses appartements d’apparat. Et il lui reste encore des centaines de pièces moins cotées. Ironie du sort, c’est l’ombre de Napoléon qui lui offre cette rédemption publique. Chalençon, collectionneur mégalo et passionné, sauvé par son obsession. Le marteau a tranché, la faillite est repoussée. Et dans l’écho des enchères, c’est bien l’empereur qui a prononcé, à sa façon, la formule magique : affaire conclue.