Alors que Milan inaugure sa Fashion Week féminine ce 23 septembre, un voile de deuil plane sur les podiums. Moins de trois semaines après la disparition de Giorgio Armani, figure tutélaire de la mode italienne, c’est toute l’industrie qui s’apprête à célébrer, à travers ses derniers défilés, l’héritage colossal de celui qui a redéfini l’élégance pendant un demi-siècle. Ce rendez-vous exceptionnel, prévu jusqu’au 29 septembre, mêlera hommage, transmission et nouvelles ambitions dans un secteur en pleine transformation.
La dernière révérence du “Roi Giorgio”
Le point culminant de cette Fashion Week sera sans conteste le défilé de la maison Giorgio Armani, prévu en clôture, dimanche 28 septembre, dans la cour d’honneur du palais Brera. Présentée comme une ultime collection signée de la main du créateur disparu le 4 septembre à l’âge de 91 ans, cette série de silhouettes printanières coïncidera également avec le cinquantenaire de la griffe, renforçant la portée symbolique de l’événement. La maison a confirmé que le show aurait bien lieu, tout comme celui de sa ligne Emporio Armani, le jeudi 25, et une grande exposition consacrée au créateur à la Pinacothèque de Brera, présentant 150 pièces emblématiques tirées des archives.
Cette programmation d’hommage a été pensée comme une célébration de la vision et de l’héritage d’Armani, que Carlo Capasa, président de la Chambre nationale de la mode italienne (CNMI), a salué pour son “enseignement créatif, entrepreneurial et humain, particulièrement précieux à une époque de mutation profonde de la mode.” Selon le groupe Armani, le créateur a œuvré jusqu’à la dernière minute sur cette exposition anniversaire, preuve d’un engagement resté intact jusqu’à la fin.
Renouveau sous tension : premiers pas et attentes
Mais au-delà du deuil, la Fashion Week milanaise annonce aussi une nouvelle ère. De nombreuses maisons présentent en effet leurs nouvelles directions artistiques, alors que l’industrie du luxe traverse un moment de fragilité, plombée par le ralentissement de la demande chinoise et l’incertitude économique mondiale. Pour tenter de raviver l’intérêt du public, plusieurs marques misent sur des prises de risques artistiques.
Parmi les plus attendus figure Demna, transfuge de Balenciaga, qui fera ses débuts chez Gucci dans un format confidentiel, via une présentation privée le 23 septembre au soir. Selon Luca de Meo, PDG de Kering, il ne s’agira pas d’un défilé classique mais d’un projet plus expérimental autour d’un film, censé introduire la vision du créateur géorgien.
Même discrétion du côté de Versace : la maison, passée récemment sous le giron du groupe Prada, confie sa première collection post-Donatella à Dario Vitale. Le styliste présentera ses pièces lors d’un événement privé le 26 septembre. Jil Sander, Bottega Veneta, Boss ou encore The Attico seront également scrutés de près avec de nouveaux directeurs artistiques à leur tête. Quant à Louise Trotter, elle signe sa première collection pour Bottega le 27, marquant le retour de la maison dans le calendrier officiel après son absence de février dernier.
Nouvelles énergies et retours inattendus
Cette édition de septembre, dense avec 171 rendez-vous dont 54 défilés physiques, accueille également une vague de jeunes marques et de créateurs émergents. Knwls, label londonien Y2K fondé par Charlotte Knowles et Alexandre Arsenault, fait ses débuts sur les podiums milanais le 24 septembre. Le lendemain, ce sera au tour de Sa Su Phi, griffe féminine née en pleine pandémie, de faire son premier show, forte d’un succès croissant auprès de grands distributeurs internationaux.
Milan signe aussi le retour d’enseignes absentes ces dernières saisons, comme Boss, Calcaterra, Stella Jean, ou encore Tokyo James, qui s’étaient éclipsés avant de revenir progressivement. De nombreux stylistes évoluant jusqu’à présent dans la Fashion Week masculine intègrent également le programme féminin, à l’image de Pierre-Louis Mascia ou du créateur indien Dhruv Kapoor.
Enfin, les présentations et événements parallèles s’annoncent tout aussi riches : remise des prix Maestri d’Eccellenza le 23, festival Cinemoda Club porté par Kering et Vogue Italie, prix de la mode durable le 27, ou encore la projection d’un court-métrage Trussardi avec Eva Herzigova.
Derrière le foisonnement créatif et les débuts prometteurs, cette édition restera marquée par l’absence d’un géant. Et même si Milan regarde vers l’avenir, c’est à Giorgio Armani, artisan de son rayonnement international, que cette semaine exceptionnelle adressera ses plus beaux hommages.