Au Mémorial de la Shoah, à Paris, une exposition gratuite propose de redécouvrir Simone Veil à travers sa fratrie et l’histoire des Jacob, famille juive française installée à Nice avant-guerre. Intitulé “Simone Veil, mes sœurs et moi”, le parcours a été conçu par le réalisateur David Teboul, qui a travaillé de longues années avec l’ancienne ministre. L’ensemble rassemble photographies, lettres, carnets et projections, avec une mise en scène volontairement sobre, pensée pour laisser les documents parler d’eux-mêmes.
Une immersion dans l’intimité des Jacob, de Nice à la guerre
L’exposition déroule d’abord une enfance lumineuse, saisie dans des clichés en noir et blanc : Simone, benjamine, entourée de ses sœurs Madeleine, dite “Milou”, Denise, et de leur frère Jean. Pour installer cette mémoire familiale, une odeur de mimosa a été imaginée par le parfumeur Barnabé Fillion, un choix qui renvoie à l’enfance niçoise de la fratrie. Le commissaire insiste sur le fait que le récit passe par “de petits riens” et des archives du quotidien, afin de rendre perceptible ce qui a été détruit ensuite.
Le parcours met aussi en avant une matière rare : des correspondances et écrits intimes, parfois peu connus du grand public. Des comédiennes prêtent leur voix aux textes des trois sœurs, avec Marina Foïs pour Simone Veil, Isabelle Huppert pour Milou et Dominique Reymond pour Denise, afin de faire entendre des échanges familiaux, des pensées d’adolescence et des fragments de vie juste avant la rupture.
Déportations, survie et reconstruction après l’irréparable
L’exposition retrace ensuite l’engrenage des arrestations de 1944 et la dispersion de la famille. Simone est arrêtée à Nice le 30 mars 1944, un événement qui entraîne l’arrestation de sa mère, de Milou et de Jean, selon le récit présenté dans l’exposition. Les trois femmes sont déportées vers Auschwitz-Birkenau. Denise, engagée dans la Résistance à 19 ans, est arrêtée à son tour, torturée, puis déportée à Ravensbrück. Les trois sœurs survivront, mais pas leur mère, morte du typhus à 45 ans, ni leur père et leur frère, dont le destin est également rappelé au fil des documents.
Le parcours s’attarde enfin sur “l’après”, sans effet spectaculaire mais avec des traces concrètes de reconstruction et de nouvelles pertes. Milou meurt en 1952 dans un accident de voiture et que son fils, âgé d’un an, décède quelques jours plus tard à l’hôpital, un épisode qui montre combien la famille Jacob, même après la libération, reste frappée par la violence du siècle. L’exposition se prolonge jusqu’au 15 octobre 2026 au Mémorial de la Shoah et s’accompagne de publications, dont un livre de David Teboul et une bande dessinée destinée aux plus jeunes, également mentionnés.