Après une année de restauration, la bibliothèque de l’Assemblée nationale rouvre ses portes en avril, mettant en lumière les chefs-d’œuvre peints par Eugène Delacroix au XIXe siècle. Un patrimoine artistique majeur longtemps resté dans l’ombre.
Une œuvre monumentale au cœur de la démocratie
Souvent méconnue du grand public, la bibliothèque du Palais Bourbon s’apprête à retrouver son éclat. À compter du 14 avril 2025, les visiteurs pourront (sur inscription) accéder à sa nef restaurée et admirer les 400 m² de plafonds peints par Delacroix entre 1839 et 1848. Une inauguration officielle est prévue le 9 avril. Selon Pierre Bosse, directeur de la bibliothèque, cette œuvre constitue “la Chapelle Sixtine de Delacroix”. Cinq coupoles et deux culs-de-four s’y déploient, portant une méditation picturale sur l’histoire et la civilisation. Deux fresques majeures ouvrent la série : l’une représente Attila foulant l’Italie et les Arts, l’autre montre Orphée apportant la paix aux Grecs. Un avertissement visuel, selon Bosse, adressé aux représentants de la nation sur la fragilité de la civilisation et le rôle du savoir comme rempart.
Empreintes de classicisme, les peintures frappent aussi par leur modernité. Claire Bessède, directrice du musée national Eugène-Delacroix, souligne “la matière qui vibre, les couleurs vives”, fidèles au style du peintre de La Liberté guidant le peuple. Encrassées par les décennies de chauffage au charbon et de tabac, les œuvres ont été nettoyées et consolidées lors d’un vaste chantier engagé il y a un an. Coût total de l’opération : 5,5 millions d’euros, mobilisant une centaine de spécialistes.
Un trésor patrimonial aux mille secrets
Créée en 1796 et installée dans son lieu actuel depuis 1834, la bibliothèque de l’Assemblée nationale abrite près de 700 000 volumes, dont 54 000 visibles dans la nef restaurée longue de 42 mètres. Elle figure parmi les plus riches du pays, derrière la Bibliothèque nationale de France et la Sorbonne, selon les sources officielles. Outre ses collections visibles, elle recèle des pièces rares — manuscrits de Rousseau, Hugo, Lamartine ou encore les minutes du procès de Jeanne d’Arc — conservées dans une chambre forte au lieu tenu secret.
Cette restauration complète est une première depuis l’ouverture de la salle. Elle a permis de révéler des détails jusqu’alors invisibles, comme l’épée enflammée d’un ange, les montagnes autour d’Orphée ou les étoiles des bergers chaldéens. Un autre épisode, resté célèbre, rappelle la fragilité du lieu : en 1871, en pleine guerre franco-prussienne, un obus a traversé la toiture, atterrissant au-dessus de la tête d’Attila, selon Pierre Bosse. Ce passé tourmenté donne à cette bibliothèque un caractère d’autant plus précieux.
Le public aura accès à ce joyau du 14 au 26 avril, avant que la nef ne soit intégrée à la visite classique du Palais, qui attire 200 000 personnes par an. Une nouvelle occasion de faire découvrir l’un des chefs-d’œuvre méconnus du romantisme français, niché au cœur de l’Assemblée nationale.