Le suspense était mince, mais l’élection n’en reste pas historique. Ce jeudi 6 novembre 2025, Khaled el-Enany a été officiellement élu directeur général de l’Unesco pour un mandat de quatre ans, lors de la Conférence générale des États membres à Samarcande (Ouzbékistan). L’ancien ministre égyptien du Tourisme et des Antiquités succède à la Française Audrey Azoulay, avec une écrasante majorité de 172 voix sur 174 votants. Il devient ainsi le premier dirigeant de l’organisation issu d’un pays arabe, et seulement le deuxième Africain à occuper ce poste, après le Sénégalais Amadou Mahtar Mbow (1974–1987).
Un profil de spécialiste, entre diplomatie culturelle et archéologie
À 54 ans, Khaled el-Enany arrive à la tête de l’Unesco avec une solide expérience dans les domaines de la culture, du patrimoine et du tourisme. Égyptologue de formation, professeur à l’Université d’Helwan, il a consacré sa carrière à la mise en valeur du patrimoine égyptien, tant sur le terrain scientifique qu’au plus haut niveau politique. Comme ministre entre 2016 et 2022, il a notamment supervisé le retour de milliers de pièces archéologiques à l’Égypte et lancé de grands projets muséaux, dont le Grand Musée égyptien, récemment inauguré à Gizeh.
Sa nomination intervient dans un contexte délicat pour l’Unesco, fragilisée par des départs successifs de plusieurs États membres. Les États-Unis, en particulier, ont annoncé en juillet leur retrait à compter de fin 2026, reprochant à l’organisation de promouvoir « des causes sociales et culturelles clivantes » et de manquer d’objectivité sur certaines questions internationales. L’Égypte, par la voix de son président Abdel Fattah al-Sissi, a largement soutenu la candidature de Khaled el-Enany, dans une volonté assumée d’accroître sa visibilité diplomatique.
Une promesse d’apaisement et de réforme
Dans les premiers mots de son discours post-élection, Khaled el-Enany s’est présenté comme un homme de dialogue et de consensus. Il a promis une direction dépolitisée et impartiale, plaidant pour une Unesco construite avec tous les pays membres. Ce positionnement fait écho aux tensions persistantes au sein de l’organisation, minée par les rivalités géopolitiques. Il a également affirmé vouloir œuvrer au retour des États-Unis, comme sa prédécesseure l’avait fait brièvement en 2023.
Conscient des limites budgétaires de l’institution — déjà réduite d’environ 8 % après le retrait américain — Khaled el-Enany a annoncé qu’il chercherait activement de nouvelles sources de financement. Cela passera notamment par des contributions volontaires, des partenariats avec le secteur privé et des solutions comme le debt swap, ou échange de dette contre financement culturel.
Décrit comme humaniste, trilingue et passionné par la transmission culturelle, Khaled el-Enany incarne une nouvelle génération de dirigeants multilatéraux. Dans les années 1990, il guidait les visiteurs au pied des pyramides. Trente ans plus tard, il se retrouve à la tête d’une des plus grandes agences onusiennes. Sa campagne pour l’Unesco l’a conduit dans 65 pays, illustrant sa volonté de dialogue universel. Il y a notamment promis d’être un « pont culturel » entre les nations.
Le directeur général doit prendre ses fonctions à Paris le 15 novembre. Il arrive dans un climat où l’Unesco sera particulièrement scrutée, notamment sur les questions de patrimoine en zones de conflit.