La disparition de Robert Duvall, annoncée le 16, referme près de soixante ans de cinéma américain. À 95 ans, l’acteur oscarisé laisse une filmographie où il a souvent préféré l’impact d’un regard et d’une posture à la démonstration. De ses débuts marquants au début des années 1960 à ses compositions les plus célèbres des années 1970-1980, certains personnages ont fini par résumer à eux seuls une manière d’être à l’écran : sobre, précis, inoubliable.
De la retenue au choc : la palette Duvall en cinq personnages
Premier jalon : Boo Radley, silhouette quasi muette de Du silence et des ombres (1962). Duvall y apparaît peu, parle à peine, mais imprime durablement l’histoire, au point d’être souvent cité comme l’une des révélations silencieuses du film. Cette capacité à exister sans dialogues deviendra une signature, qu’on retrouve dans ses seconds rôles des années 1960-1970, avant l’explosion mondiale.
Cette explosion, elle porte un nom : Tom Hagen. Dans Le Parrain (1972) puis Le Parrain 2 (1974), Duvall incarne le conseiller juridique et stratège des Corleone, l’homme de l’ombre qui tempère les colères et organise la survie du clan. Un rôle de contrôle et de calcul, tout en froideur maîtrisée, qui lui vaut une première nomination aux Oscars pour un second rôle, et le propulse définitivement dans la cour des grands.
Autre face, plus dérangeante : le lieutenant-colonel Bill Kilgore dans Apocalypse Now (1979), personnage flamboyant, martial, presque irréel, dont la fameuse réplique sur « l’odeur du napalm » a quitté le film pour entrer dans la culture populaire. Ce rôle, court mais écrasant, lui apporte une nouvelle nomination à l’Oscar du meilleur second rôle et contribue à figer son visage dans l’imaginaire collectif du cinéma de guerre.
Un Oscar, puis un “Hamlet” en western
La consécration arrive avec Tendre bonheur (1983), où il tient cette fois le premier rôle : Mac Sledge, chanteur de country déchu, ravagé par l’alcool, qui tente une reconstruction loin du mythe hollywoodien. Cette composition lui offre l’Oscar du meilleur acteur et révèle une autre force de Duvall : l’émotion à bas bruit, sans pathos, avec une humanité rugueuse.
Enfin, son attachement au western et à l’Amérique des grands espaces se cristallise dans Lonesome Dove (1989). Duvall a lui-même désigné ce rôle comme son préféré, allant jusqu’à le comparer à son “Hamlet” dans une interview au New York Times en 2014, reprise par franceinfo Culture. Dans cette mini-série, il joue un Texas Ranger devenu cow-boy, figure stoïque dont la dureté contient une profonde mélancolie. Une manière parfaite de résumer son art : ne jamais surjouer, mais occuper l’espace comme si le personnage avait toujours existé.