Le 4 novembre 1380, à peine douze ans, le jeune Charles VI reçoit l’onction royale dans la cathédrale de Reims, héritier du trône laissé par son père, Charles V le Sage, mort deux mois plus tôt. La foule acclame ce souverain enfant en scandant « Vive le roi de France ! Montjoie Saint-Denis ! », espérant voir en lui la continuité d’un règne qui avait ramené la paix et rétabli l’autorité monarchique. L’annonce de la confirmation de la suppression des fouages, impôt très impopulaire, renforce encore la joie des habitants.
Un royaume confié aux oncles
Parce que le roi est mineur, la réalité du pouvoir revient aussitôt à ses grands oncles : Louis d’Anjou, Jean de Berry, Louis de Bourbon et Philippe de Bourgogne. Théoriquement chargés de guider le jeune souverain, ils se livrent surtout à une gestion cupide du royaume, restaurent des taxes abolies et accaparent les finances. Leur autorité provoque des révoltes, notamment celle des Maillotins à Paris en 1382, et de graves tensions dans les provinces du nord.
Un jeune roi qui tente de gouverner
À partir de 1388, Charles VI, désormais majeur, décide de reprendre en main les affaires. Il écarte ses oncles et rappelle les conseillers fidèles à la mémoire de son père, surnommés par les grands princes les « Marmousets ». Le royaume connaît alors un bref renouveau : finances assainies, paix intérieure, prestige retrouvé. Ses sujets lui donnent alors le surnom de « Bien-Aimé ».
L’entrée dans la folie et la chute du royaume
Mais le 5 août 1392, lors d’une expédition militaire, un accès de démence foudroyant bouleverse son destin : pris d’un délire violent en forêt, le roi attaque brutalement sa propre escorte. Ce n’est que le premier épisode d’un trouble qui reviendra régulièrement. À chaque rechute, la cour sombre dans les intrigues. Le pouvoir glisse entre les mains de sa femme Isabeau de Bavière, de son frère Louis d’Orléans, puis du puissant duc de Bourgogne.
Ces rivalités alimentent la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, aggravant encore la guerre de Cent Ans contre l’Angleterre. Après la défaite d’Azincourt en 1415, le royaume s’effondre : en 1420, le traité de Troyes déshérite le dauphin Charles au profit du roi d’Angleterre, humiliant l’héritier légitime.
Le crépuscule d’un long règne
Charles VI meurt à Paris le 21 octobre 1422, après quarante-deux ans de règne, aimé du peuple mais impuissant à gouverner. Sa mort laisse le royaume divisé, Paris aux mains des Anglais et le dauphin réfugié à Bourges, d’où il devra reconquérir sa couronne.
Longtemps honoré comme le « Bien-Aimé », Charles VI n’est devenu le « Fou » qu’avec les historiens des siècles suivants, symbole tragique d’un roi brisé dont la maladie ouvrit la voie aux plus grands malheurs de la France.