Le 10 février 1258, après deux semaines de siège, Bagdad capitule devant les armées de Houlagou Khan, petit-fils de Gengis Khan. La prise de la ville se transforme aussitôt en cataclysme : massacres de masse, pillages et destructions méthodiques frappent une capitale qui fut, cinq siècles durant, l’un des cœurs intellectuels et politiques du monde musulman. Le calife abbasside al-Mustasim est capturé puis exécuté, mettant un terme brutal à un califat de Bagdad déjà affaibli, mais encore symboliquement central.
La chute d’une capitale prestigieuse
Fondée au VIIIᵉ siècle, Bagdad est devenue le siège des Abbassides et un carrefour de civilisations, où se croisent héritages grec, persan et arabe. Sous des califes tels qu’Haroun al-Rachid, la ville rayonne par ses savants, ses bibliothèques, ses écoles, sa vie artistique et son commerce. Elle incarne une puissance et une culture capables de faire rêver l’Occident médiéval autant que d’attirer érudits et marchands de tout l’Orient.
Une conquête impitoyable
L’expédition mongole s’inscrit dans une stratégie d’expansion visant à soumettre les grands centres de pouvoir du Moyen-Orient. Les Abbassides, politiquement fragilisés depuis longtemps, ne disposent plus des moyens militaires d’autrefois. Après l’entrée des Mongols, la violence sert de démonstration : la terreur doit décourager toute résistance future. Les récits évoquent des centaines de milliers de morts, et la destruction d’édifices religieux, de palais et de bibliothèques symbole d’une volonté d’effacer la ville autant que de la vaincre.
Un basculement durable pour la région
La chute de Bagdad marque la fin d’un âge d’or et accélère le déclin de la Mésopotamie. Les réseaux d’irrigation, vitaux pour l’agriculture, sont durablement endommagés, entraînant pauvreté et dépeuplement. Le centre de gravité du monde musulman se déplace : des Abbassides survivants sont maintenus au Caire sous protection mamelouke dans un califat désormais honorifique. Plus tard, le titre passera aux sultans ottomans après la conquête de l’Égypte en 1517, avant d’être aboli au XXᵉ siècle. Bagdad, elle, ne retrouvera jamais tout à fait le rang qui fut le sien lorsque, sur les rives du Tigre, se pensait une partie du destin de l’Orient.