À la croisée du théâtre documentaire et du conte contemporain, Valentina, nouvelle création de Caroline Guiela Nguyen, explore la condition des enfants confrontés à des responsabilités d’adultes dans des contextes d’exil et de précarité. La pièce, portée par une distribution franco-roumaine mêlant comédiens professionnels et non-professionnels, sera présentée du 2 au 15 juin au Théâtre de la Ville – Les Abbesses, dans le cadre des Galas du Théâtre national de Strasbourg.
Une responsabilité trop lourde pour une enfant
Valentina a neuf ans. Elle vit en France depuis peu, où sa mère a immigré pour y recevoir des soins urgents liés à une pathologie cardiaque. Ne maîtrisant pas la langue du pays, cette dernière se repose entièrement sur sa fille pour communiquer avec le personnel médical. L’enfant, scolarisée et désormais francophone, devient l’interprète involontaire de termes comme « insuffisance cardiaque » ou « arythmie ». L’hôpital, l’école, la maison : tous les espaces de son quotidien se confondent dans une réalité écrasante, où elle navigue sans boussole.
La pièce alterne entre français et roumain, rendant palpable cette frontière linguistique et culturelle que la petite fille tente d’effacer, à sa manière. Dans un monde où les mots sauvent ou condamnent, Valentina interroge le pouvoir du langage, sa violence parfois, et la solitude de ceux qui en sont exclus.
Théâtre du réel, théâtre du sensible
À travers ce récit à hauteur d’enfant, Caroline Guiela Nguyen poursuit un théâtre profondément engagé. Sans appuyer sur le pathos, elle met en lumière des réalités rarement représentées sur scène : celle des interprètes familiaux, des soins médicaux inaccessibles aux non-francophones, de la maternité isolée en terre inconnue. La mise en scène intègre même les battements cardiaques réels de patients dans la bande sonore du spectacle, rythmant les émotions de la salle avec une justesse troublante.
Sur scène, Chloé Catrin incarne Valentina avec une délicatesse bouleversante, entourée de comédiens issus de la communauté roumaine de Strasbourg. Ce croisement des langues et des corps fait émerger une polyphonie rare, nourrie par les parcours de chacun.